les 4 grands paradoxes du visionnaire

les 4 grands paradoxes du visionnaire

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Les grands visionnaires échouent à prédire les évolutions théoriquement les plus simples

Il est “ interdit ” à un visionnaire de prédire le non-changement. Par le fait, les futurologues se retrouvent être des activistes de l’évolution, qui éprouvent ainsi beaucoup de difficultés à prédire correctement dans les domaines qui… évoluent lentement… c’est-à-dire ceux dont le futur devrait être le plus facile à prévoir. Pour prendre des exemples dans les billets ci-contre, on peut vérifier que Robida comme Azimov avaient tout faux dans les transports: technologies mal ciblées, mythe de la vitesse, de la sustentation, du déplacement dans les airs… etc. On peut étendre ces carences au logement et à l’éducation où, là encore, tout le monde a toujours eu tout faux.

les grands visionnaires sont ceux qui se trompent le plus et pendant le plus longtemps

Il est aussi difficile d’avoir tout faux sur “ 100 ” prédictions qu’avoir juste sur “ une seule ”. Ce principe amène à la réalité paradoxale que les visionnaires les plus reconnus sont ceux qui ayant beaucoup prédit… ont eu plus souvent raison que la moyenne… donc plus souvent tort. Ceci pourrait n’être qu’un paradoxe humoristique si une double dynamique n’y était liée:

  • Une “ envie sociale ” de se référer à des visionnaires. Les cas de Robida (voir “ visionnaires du passé, comment ont-ils fait ? ”) et d’Azimov (voir billet précédent) montrent que la postérité tend à leur accorder des prédictions qui n’ont pas été les leurs, tout en “ nettoyant ” leurs répertoires prophétiques de leurs plus grosses erreurs. Cette manipulation est plus aisée quand le volume de prédictions… donc le volume d’erreurs… est important.
  • Une prédiction radicale n’est pas socialement acceptable au moment où elle est formulée. Aussi, les visionnaires ne sont-ils généralement pas recrutés chez les prophètes autoproclamés, mais chez ceux qui ne s’engagent pas dans leurs prévisions. Les auteurs de SF ou les illustrateurs ont pour objectif d’intéresser, pas de prévoir. Des prophéties sont “ extraites ” de leurs oeuvres à postériori puis reconstruites selon le principe exprimé au point précédent, et ce, d’autant plus facilement qu’un “ autre monde ” contient implicitement un très grand nombre de prédictions potentielles.

Par ailleurs, les grands visionnaires sont ceux qui prévoient plus tôt et qui voient plus loin… au final ceux qui “ se trompent ” pendant le plus longtemps. On ne les invoque que quand leurs prédictions, longtemps perçues comme extravagantes, cessent de l’être. Ce qui signifierait qu’en matière de prévision, le juste existe… mais pas le faux.

le visionnaire c’est celui qui à raison. Mais quand a-t-il raison?

Le visionnaire a-t-il raison quand sa prédiction est “ formellement juste ” ou quand elle est “ socialement juste ” ? La prévision exacte d’un possible de laboratoire ou assimilé suffit-elle à faire un visionnaire?… et par extension, la prédiction de ce qui s’avèrera n’être qu’un gadget (Innovation & futurologie: les 3 vertus du gadget), ou un caprice de milliardaire (futurologue, qui est le “ nous ” de “ nous serons ”?) ?

Azimov prévoyait des cités sous-marines pour 2014. De fait, un projet de ville de ce type, prévu pour 2030, vient d’être rendu public par l’entreprise japonaise Shimizu. “ Coup publicitaire ” ou projet réel? Finalement peu importe dans la mesure où une ville sous-marine n’a socialement pas de sens aujourd’hui. Faut-il considérer qu’Isaac Azimov avait raison?

George Orwell a créé Big Brother et tout un chacun y voit une annonce de notre époque. Pourtant, notre téléviseur ne nous espionne pas… en tout cas pas encore. Philip K Dick appuie ses romans sur des thématiques perçues comme très actuelles, car faisant écho au transhumanisme et à la réalité virtuelle. Pourtant rien de tout cela n’est encore tangible. Un visionnaire peut ainsi être considéré comme ayant raison quand rien de ce qu’il a prévu n’est advenu réellement, mais quand ses prophéties s’inscrivent dans “ ce que nous percevons ” comme étant notre futur.

La question reste donc entière: quand peut-on dire qu’un visionnaire a raison?

Mais si on ne sait pas répondre à cette question: qu’est-ce qu’un visionnaire?

le visionnaire appartient à la pensée unique avec laquelle il est pourtant incompatible

Le dernier paradoxe du visionnaire est qu’il correspond à une impasse logique. “ Par définition ”, le plus grand nombre adhère aux pronostics de la pensée unique… et admet donc que notre futur sera: Big Brother + Réchauffement + Transhumains + Réalité virtuelle. Si ce pronostic est juste, il ne peut y avoir de visionnaires puisque celui-ci, quand il existe, est par définition le seul à avoir raison. On n’est pas visionnaire en pensant comme tout le monde. L’existence de visionnaires est cependant, elle aussi, admise par le plus grand nombre. Il appartient donc “ aussi ” à la pensée unique… alors même qu’il est fondamentalement incompatible avec elle.

en guise de conclusion

Comme on le voit, beaucoup de travail nous attend encore pour mettre un peu d’ordre dans notre pensée du futur. Une année 2016 studieuse en perspective… que je souhaite excellente à ceux qui me lisent… et aussi aux autres, bien sûr.


 

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