futur du transport: pourquoi s’est-on toujours autant trompé?

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On l’a vu dans plusieurs anciens billets, les futurologues ont toujours eu beaucoup de mal avec les prophéties en matière de transport.

Parmi les célébrités, ont notamment été évoqués Robida (voir “visionnaires du passé, comment ont-ils fait?”) ou, plus près de nous, Isaac Azimov qui, en 1964, nous annonçait pour 2014:

 

Les jets d’air comprimé serviront à soulever les véhicules terrestres au-dessus des routes … les ponts auront aussi une moindre importance dès lors que les voitures seront capables de traverser l’eau à l’aide de leurs jets d’air comprimé.
Les futurologues ne sont pas les seuls à s’être trompés, les décideurs du moment, aussi, comme on l’a vu dans “l’Hyperloop est-il le clap de fin d’une ère technologique?”.
L’objet de ce billet est d’essayer de comprendre pourquoi tout le monde se trompe constamment dans ce domaine.

l’étonnante longévité du transport sur rail


 

(*)L’un des premiers exemples de chemin guidé est celui du diolkos, un système permettant aux bateaux de franchir l’isthme de Corinthe en Grèce, construit au VIè siècle av. J.-C. Des chariots tirés par des bêtes de somme circulaient sur des blocs de pierre entaillés. Ce chemin guidé a fonctionné jusqu’au Ier siècle.
On le retrouve dans les mines (*), sur des rails en bois, puis…
… décliné en tramways à partir de 1832…
…décliné en trains à partir de la même époque…
…et bien sûr en métros.
Et l’histoire du rail n’est pas terminée. Ce mode de transport semble, en effet, particulièrement bien adapté à un futur de “véhicules autonomes”, d’ores et déjà opérationnels pour les métros et tout près de l’être pour les trains à grande vitesse.

quatre sources d’erreur


le mythe de la rupture

Le rail intègre les progrès du transport collectif terrestre depuis deux siècles… ce qui ne peut qu’étonner quand on confronte ce fait à la multitude des modes de déplacement produits par l’imagination collective sur la même période. Ce fut la conclusion d’un précédent billet:

 

Débarrassée de la plupart de ses relations à l’existant, la rupture devient l’outil d’une prévision immédiate et simpliste. Alors que la métamorphose, bien que mode d’évolution le plus authentique, se révèle difficiles à saisir et à nommer, la rupture désigne un futur identifiable. Cette capacité à être exprimée tend à faire de la rupture un mode de pensée du futur à part entière, un mode de communication, une façon d’exprimer un “évènement futurologique” et par là de lui conférer une dimension médiatique.
En fait, face à une débauche permanente d’innovations technologiques, “l’absence de rupture” pourrait bien être ce qu’il y a de plus difficile à prévoir.

la rupture par la vitesse

 

(*) Quel futurologue aurait pu prédire en 1850, ou lors des grandes expositions universelles de la fin du XIXe, et même au milieu du XXè, que le futur du transport urbain… celui du XXIe siècle serait… le tramway?
Qu’aurait-on pensé, à son époque, d’un futurologue du passé, qui aurait émis un pronostic exact sur la vitesse des transports urbains d’aujourd’hui?

 

(*) Globalement, la vitesse moyenne des réseaux de tramways en France est de 19,6 km/h. Elle varie de 15 km/h à Nice, sur une ligne très urbaine, à 33 km/h sur le T3 lyonnais.
Le métro de Paris (*), entré en service en 1900, offre aujourd’hui des vitesses moyennes oscillant entre 21 km/h sur le ligne 4 et 39km/h sur la ligne 14… alors qu’il circule sur des voies totalement exclusives et protégées.
Le point précédent nous aide à comprendre pourquoi cette réalité d’aujourd’hui était paradoxalement … très difficilement prévisible…
… et pourquoi l’avion hypersonique, à l’étude actuellement, était plus facile à anticiper que le parapente.

s’affranchir du sol

Depuis le XIXè, grande époque du futurisme, l’affranchissement par rapport au sol a été une constante avec notamment les prophéties déclinant de multiples manières les déplacements par la voie des airs (notamment par les ballons), lors de nombreuses expositions universelles. Dans la même veine, les exemples évoqués ci-dessus nous parlent de sustentation  pour Azimov et pour l’Hyperloop, interprétée dans l’amphibie pour l’un, dans des tubes a atmosphère contrôlée pour l’autre. L’ancrage au sol est ce dont on imagine devoir s’affranchir pour accéder au futur. Le taxi volant récemment présenté par Hyundai et Uber au CES 2020 de Las Vegas  est un nouvel avatar de cette démarche.

l’approche fermée des domaines

Chez les futurologues, l’idée de rupture sous-entend le remplacement d’un principe devenu obsolète par un nouveau, porté par les progrès de la technologie. La rupture est perçue comme un coup d’arrêt donné aux pratiques antérieures qui, par là, sont supposées perdre toute capacité à intégrer les évolutions technologiques (voir). Le transport nous offre un exemple de cohabitation entre deux concepts généralement opposés: “rupture” et “métamorphose”. L’automobile et le transport aérien n’ont pas empêché la pérennité du rail. Ces “ruptures” ont seulement “élargi le domaine”.

en guise de conclusion provisoire


Que désigne-t-on quand on prononce le mot “FUTUR” – comme çà – tout seul -? Certainement pas un point plus à droite sur une ligne de temps, ou en tout cas, pas… que çà. “Futur” est enveloppé d’un halo de connotations et ne mérite d’être invoqué que comme promesse d’un monde différent. Or, penser un autre monde, passe obligatoirement par la reformulation d’une relation espace-temps soit, directement ou indirectement, quelque chose de significatif autour des transports. Ils ont, dans la pensée du futur, une dimension d’icône – consolidée de longue date par la science-fiction -. En tant que tel, il n’est pas surprenant que ce domaine particulier de la prévision agrège la plupart des biais de la pensée du futur… ce qui expliquerait qu’on s’y trompe beaucoup. Par ailleurs, les modes de transport dominants relèvent d’un futur “concret” impliquant des investissements lourds. Ce futur-là “court moins vite” que les découvertes scientifiques ou les technologies de laboratoires (un ancien billet arrivait aux mêmes conclusions).

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