un robot ne saura jamais participer à une réunion inutile… ou il le fera très mal

un robot ne saura jamais participer à une réunion inutile… ou il le fera très mal

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définir le robot

 

Toutes les machines ne sont pas des robots, mais le deviennent-elles lorsqu’elles sont connectées ? …Et les automates complexes ?… Et les chaines automatisées ?Usine_Automatisée_02

Un robot c’est aussi un drone ou une voiture sans pilote. C’est aussi un cobot. C’est également le nanorobot , le biorobot et, dans sa dimension la plus usuelle, le robot du web, celui de la recherche, du SPAM et du Big Data. On en trouvera encore et encore ici.

Qu’est ce que toutes ces choses ont en commun? Qu’est-ce qu’un robot?

On en trouve des définitions sensiblement différentes, ce qui confirme que la question n’est pas si simple ( Dico-Info, Pipame/Dgcis, ATILF, CEA…).

Dans son sens le plus actuel, un robot se caractérise plus particulièrement par sa capacité à détecter et intégrer dans son comportement, des données de son environnement.

Si une machine, même évoluée n’est pas un robot, mais qu’un algorithme pur comme celui d’un moteur de recherche en est un, cela signifie qu’il faut se détacher de la “représentation matérielle“ et mettre l’accent sur la dimension algorithmique. D’où la définition suivante:

Tout dispositif mécanique, électronique, biologique, informationnel – unitaire ou hybride – macro ou microscopique – devient un robot dès lors qu’il est associé à un algorithme de pilotage qui intègre, en temps réel, des données de son environnement.

Le cœur du robot est intrinsèquement immatériel: c’est un algorithme (d’où l’intérêt de Google), un algorithme de pilotage en temps réel… susceptible de s’appliquer à une machine… ou à toute autre chose.

 

les grands mythes du robot d’entreprise

 

La représentation humanoïde brouille énormément notre approche du robot, car elle induit, dans notre esprit, l’idée d’une cohérence globale, issue de l’humain, dont le robot est dépourvu.

On a beaucoup tendance à agglomérer, autour de l’idée de robot, l’ensemble de ses possibles. Or aucun logiciel ne concentre les capacités de “l’ensemble des logiciels“. Aucun humain n’est à la fois Einstein, Mozard, Mère Thérésa et Mohamed Ali.

Les robots souffrent des limites de l’intelligence artificielle (voir «intelligence artificielle: le crépuscule d’une idée»), spécialement quand ils s’attaquent aux prestations intellectuelles.

Le robot décompose et gère très bien les  relations programmées entre les éléments issus de cette décomposition, mais il approche très mal le “global“. Il pourra prendre en charge beaucoup de tâches issues d’un métier, mais pas le métier lui-même, sauf si celui-ci a été préalablement affaibli et simplifié. La problématique de la robotique n’est pas très différente de celle de l’automatisation classique, qui a déjà beaucoup laminé l’emploi. Le robot ne fait finalement que dessiner une petite zone de compétence autour de chaque tâche brute. Cependant, vouloir élargir ces petites zones de compétence pose des problèmes tant techniques qu’économiques (voir).

La plupart des problématiques actuelles de l’entreprise restent actives avec la robotique: un footballeur peut afficher des statistiques personnelles exceptionnelles et faire perdre son équipe, ainsi que n’importe quel collaborateur d’une entreprise… ainsi que n’importe quel robot.

 

le robot et la fonction

 

Pourquoi admettons-nous aujourd’hui plus facilement l’idée du robot-journaliste, du robot-assistant technique ou du robot-professeur que celle du robot-adjudant ou du robot-colonel? Pourquoi les emplois “directement fonctionnels“ apparaissent-ils plus menacés, même quand ils sont théoriquement “intelligents“?

Poser la question, c’est presque y répondre. L’histoire industrielle est celle de la décomposition horizontale et verticale des tâches. Ce principe irradie maintenant dans le domaine des services et des prestations intellectuelles. Robots_organigrammeS

Théorisée par l’OST (Organisation Scientifique du Travail) de Taylor, elle a amené progressivement aux automates. Affinée par le SPT de Toyota et l’incorporation du temps réel, elle amène graduellement aux robots.

Toute tâche décomposable est potentiellement “robotisable“. Le robot nait d’un processus intellectuel. Il est déjà là, caché derrière le diagramme, l’organigramme ou le tableau à double entrée. Or, ce qui est directement fonctionnel se décompose plus facilement que ce qui ne l’est pas, ne serait-ce qu’en livrant la base du processus: l’entrée et la sortie.

 

le robot et l’emploi

 

Les robots et l’emploi“ constitue la grande question émergente du moment, pour le meilleur (c’est l’opinion de quelques-uns) ou pour le pire (c’est l’avis de tous les autres). (lire)

Il faut dire qu’elle arrive dans un contexte de chômage endémique et que la robotisation se présente comme la seule voie  possible d’une re-localisation industrielle… sans emplois… et probablement sans impôts. C’est peu, mais ce serait çà ou rien!

Les robots se font fort d’investir le domaine des services et de s’approprier des tâches de plus en plus complexes, grâce aux progrès supposés continus de l’intelligence artificielle, que nous pousse à admettre la fameuse loi de Moore (voir «loi de Moore, l’illusion fonctionnelle du futurologue»).

«Mais ces robots, il faudra bien les produire et cela créera des emplois ! C’est au contraire un levier de croissance», nous rassure-t-on.

Certes. Il a fallu aussi des gens pour fabriquer les moissonneuses-batteuses, mais on peut douter que le bilan de ces machines ait été très favorable à la main-d’oeuvre. De plus, la logique sous-jacente est que ce soit à terme des robots qui créent les robots, qui fabriquent les robots, qui réparent les robots (l’idée est un peu dans l’air du côté de chez Google). De toute façon, dystopie ou non, comme le souligne si bien Eric Schmidt:

vous ne pouvez pas remettre le progrès technologique dans la bouteille

Via Andy Rubin et Ray Kurzweil, les responsables de son programme, Google en rêve tout haut. Google rachète des entreprises de robotique. Google, deuxième capitalisation mondiale et leader des technologies de pointe, croit aux robots. (voir «supposons que Google soit bien informé»).

L’avenir semble écrit. Les machines avaient laminé la main d’oeuvre, les robots vont s’emparer des métiers.

Quelles sont nos perspectives face à cette nouvelle révolution? Les robots vont-ils prendre partout la place des humains? Comment cohabiter avec les robots ? Y-a-t il une limite à leur emprise sur l’entreprise de demain… ou seulement une inévitable prise de pouvoir comme le prétendent les tenants de la singularité technologique? Peut-on résister aux robots? Faudra-t-il, pour ce faire, passer par le transhumanisme ?

 

le robot est un fait de société

 

Un robot n’écrira jamais du Flaubert, mais la plupart des humains non plus. Beaucoup de gens peuvent écrire de l’Harlequin… mais un robot également… en tout cas bientôt.

Lorsqu’il travaille à son plus haut niveau, l’humain est inaccessible au robot. Mais travaille-t-il souvent à son plus haut niveau ? … spécialement en entreprise ? … particulièrement aujourd’hui ?

Pour rester dans l’écriture, un journaliste qui accepte de faire des articles de plus en plus courts et d’habiller des dépêches d’agence de plus en plus vite… “parce que son chef le lui demande“… “parce que c’est çà que le public veut“… n’est-il pas en phase terminale?

… Pourtant c’est sans doute vrai que c’est cela que le public veut.

Chaque cadre qui fractionne les missions de ses subalternes jusqu’à les rendre idiotes, simplifie sa fonction de contrôle et l’exercice de son pouvoir, mais il “commence“ à fabriquer un robot… c’est à dire au bout du compte sa propre disparition.

… Pourtant beaucoup de ses subalternes se satisfont très bien de cette situation.

Le consommateur qui affaiblit sa demande individuelle, dans quel que domaine que ce soit, rend l’offre plus facile à définir… plus systématique… plus décomposable… donc plus robotisable. Cela signifie que celui qui passe son temps scotché devant des émissions de télévision débiles… à l’autre bout de la chaine… fabrique des robots.

Le vendeur par correspondance robotisé a besoin d’un acheteur qui raisonne en prix brut, hors livraison, hors conseil, hors service après-vente.

Dans l’économie des services, c’est la réduction consentie de la qualité globale qui fait le lit du robot.

 

en guise de conclusion

 

Le plus gros problème que nous pose la robotique… ce n’est peut être pas le robot.

 

 

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