pourquoi la transparence est-elle futuriste?

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Cette gestuelle ésotérique de Tom Cruise face à un immense écran transparent est restée dans les mémoires comme une scène culte de l’adaptation, par Steven Spielberg, de la nouvelle de Philip K Dick, «Minority Report».
Choix de mise en scène? Certes, mais ce choix pouvait-il être différent, un outil informatique de science-fiction pouvait-il “ne pas être” transparent? Ce sera cette question-là qui va nous occuper ici. Car derrière cette transparence se cache, si l’on ose dire, quelque chose de vraisemblablement plus intemporel et qui touche à notre façon de penser le futur.
Tout d’abord, il faut remarquer que la transparence est futuriste depuis … qu’on sait la faire. On peut notamment identifier le phénomène dans l’architecture où les réalisations, dans l’immédiat d’après-guerre, de Mies Van der Rohe
ou Philip Johnson,
apparaissent dotées d’un caractère futuriste qu’elles ont, dans une certaine mesure, conservé aujourd’hui.
Le futurisme de la transparence a très vite investi des formes plus élaborées, telles que celles issues de l’étude théorique des surfaces minimales  de type “bulles de savon”, exploitées notamment par Frei Otto pour la couverture du stade olympique de Munich (1972).
La transparence s’insinue aujourd’hui partout et cette pérennité tend à montrer qu’elle doit être comprise comme bien davantage qu’un simple attribut formel.
  • Textes holographiques associés notamment aux Google Glass

 

 

 

 

 

La transparence nous ramène à plusieurs billets précédents (“graphène & aérogels: les chemins sinueux de la rupture”, “interfaces immatérielles: la relance de la miniaturisation” ou “Entre abstrait & concret, une autre idée de la matière”), car elle rejoint la problématique de l’immatérialité. Que peut-on imaginer de plus futuriste en matière d’écran de télévision qu’un écran transparent? Un objet transparent n’a plus d’attributs de formes ou de couleur. La transparence constitue pour lui le point de fuite de ses perspectives d’évolution. C’est un état limite. Il n’y a pas d’après.
Notre pensée du futur souffre de cette fascination qu’exerce l’absence d’après. Nous attendons d’une vraie prophétie qu’elle nous amène “au bord de la falaise”: transhumanisme, prise de pouvoir par les robots, Big Brother, catastrophe climatique, tous se posent comme des états ultimes. Seuls les auteurs de science-fiction travaillent sur l’après, mais dans un cadre romanesque, avec l’objectif de produire des histoires qui soient intéressantes et surprenantes, pas avec celui de prévoir.
En écho à cette (mauvaise) habitude, ce qui se présente comme un état limite (ici la transparence) nous évoque spontanément le futur. La seule alternative que notre pensée accepte facilement pour le futur des objets c’est l’hyper-miniaturisation, soit un autre stade ultime, l’autre façon qu’ils auraient… de disparaitre.
Pourtant
  • l’Histoire continuera quoiqu’il arrive… et on le sait
  • le futur ne sera pas le produit d’une tendance unique, mais d’une combinatoire de tendances. Or, une “combinatoire de tendances” ne dispose plus d’un point de fuite identifiable, elle implique une métamorphose ininterrompue dépourvue de stade ultime.
L’après existera quoiqu’il arrive et penser le futur sans lui, c’est être sûr de se tromper.

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