Le paradoxe du scientifique & l’arbre des possibles

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La futurologue se sent vulnérable, voire coupable. Plus il essaie d’approcher le futur, plus les possibles s’accumulent. Or si tout est possible, cela signifie que le futur ne pourra être que le fruit du hasard et les tentatives pour le prévoir qu’une activité de joueur ou de charlatan. Pourtant, le futurologue n’est pas le seul à pâtir de cette expansion débridée des possibles et du hasard.

De la mécanique quantique à la génétique, jamais le hasard, sous couvert de ” probabilités ”, n’a occupé une telle place dans les sciences. Ceci ne peut manquer de laisser songeur dans la mesure où l’objectif implicite de celles-ci est à peu près l’inverse et que le hasard est depuis toujours l’explication de référence … de l’ignorant. L’activité scientifique se résumerait-elle à changer ” l’emballage du hasard ”? Mettre des ” probabilités ” là où il y avait ” action des astres ” ou ” volonté divine impénétrable ”? Tout aurait donc été dit par Montaigne:

La vraie science est une ignorance qui se sait

Paradoxe dans le paradoxe, il est possible que la réponse à cette question éminemment complexe soit finalement assez simple: Mendel comptait des petits poids par centaines, les généticiens d’aujourd’hui comptent les gènes par dizaines de milliers.

Étudier un objet c’est le décomposer. Plus on étudie, plus on décompose. Cette exigence motive le recours à de nouveaux outils… qui permettent à leur tour de nouvelles décompositions… etc.

Or, le nombre des interactions possibles entre les éléments augmente beaucoup plus vite que le nombre d’éléments. Plus la finesse de la décomposition s’accroit, plus le nombre des interactions possibles entre les éléments tend vers l’infini…

… et plus le réel s’apparente à un produit du hasard.


 

… et plus les conséquences d’une action sur l’élément seront mal maitrisées (nous sortons là de notre propos du moment. Nous reviendrons sur cette question prochainement, car il s’agit d’une évolution mécanique et structurelle du risque technologique)


 

L’informatique a donné l’impression de pouvoir maitriser un niveau de décomposition plus élevé, elle n’a servi qu’à décomposer davantage. On attend aujourd’hui du Big data, du Watson d’IBM ou ses équivalents qu’ils permettent de maitriser ces nouvelles multitudes, mais on peut être certain qu’ils ne vont qu’amplifier encore le phénomène… donc le poids apparent du hasard… ainsi voué à être encore plus présent demain qu’aujourd’hui.

La science devait réduire le hasard. Elle le produit. Elle l’admet comme ” degré de liberté d’un système ”, ce qui est la façon savante… de ne pas dire grand-chose.

La référence au hasard dans une réponse serait-elle le signe d’une question mal posée?

Revenons au futur.

Le futurologue n’est finalement pas plus mal loti que le scientifique, car prévoir, c’est ” aussi ” vouloir réduire la part du hasard, ou dit autrement, le champ des possibles… ce qui signifie avoir foi dans ce vieux principe énoncé par Laplace

Dans une série d’évènements indéfiniment prolongée, l’action des causes régulières et constantes doit l’emporter à la longue sur celle des causes irrégulières.

Il ne reste plus qu’à bien choisir les causes régulières et constantes… ce qui est déjà bien assez complexe.

Nous allons y revenir encore et encore…


 

  1. Alain

    Le hasard est le grand dieu tout puissant de la science réductionniste. C’est le puits sans fond de l’ensemble de leurs irresponsabilités, là où ils n’ont pas de réponse. L’analyse par la décomposition n’est pas une fatalité, si elle n’est pas utilisée pour nier ce qui fait de l’objet d’analyse un tout, relié à au moins une partie du grand tout. Cette science obstinément séparatiste de la vérité, au profit de réalités parcellaires plus aisément contrôlables, génère en effet la plus grande confusion, largement voulue consciemment ou non par l’académie myope des spécialistes. Qui ainsi s’arrogent d’être les seuls à « savoir » au dessus d’une populace laissée dans l’ignorance, précisément par l’éclatement constant des cohérences d’ensembles (suppression des logiques d’ensembles à l’école primaire).
    Dans le futur, pas proche certes, la science réductionniste matérialiste sera vue comme une secte vouant un culte au hasard. Une sorte d’anti-religion, niant toute forme de foi, de reliance (pour rester scientifique) entre les objets et phénomènes. Là, se cristallise toute la différence entre ceux qui travaillent pour obtenir la maîtrise, qui nécessite de s’inclure dans l’expérience avec l’ensemble de ses corolaires, et ceux qui ne veulent que le contrôle sans implications, en découplant tout ce qu’ils peuvent et en niant leur influence même transverse.
    Il faut aussi rappeler que cette science, vouée au culte de l' »unité ultime » manipulable (voir Science et vie de Novembre 2018), n’a pu se construire qu’en occultant toutes sagesses ancestrales, qu’en éradiquant toute forme de science alternative, mais aussi en assassinant des médecins holistiques (10 aux USA ces 6 dernières années). C’est en diabolisant les panacées naturelles (chanvre, sauge, etc..) que la religion obscurantiste pharmaceutique (brevetage des ingrédients) a pu s’imposer. Ceci même si des études indépendantes démontrent une efficacité supérieure, de ces panacées en prise complète plutôt qu’une posologie d’une partie moléculaire. L’acharnement du lobby pharmaceutique a vouloir faire disparaître l’homéopathie et les diplômes d’herboristes est aujourd’hui flagrant, mais sera perçu dans l’après-obscurantisme matérialiste comme l’aveu de leur manque de cohérence, comme un aveuglement dictatorial pathétique de fin de règne.
    Peu de gens savent que les molécules synthétiques sont autorisées à l’utilisation, même si 50% sont déformées par le processus de fabrication. Alors que 5% de molécules déformées dans la nature signifie une plante déjà très malade, donc jugée impropre à l’utilisation. Un exemple parmi tant d’autres de la mauvaise foi de ces artificialistes très hasardeux.
    Mais pour l’instant, nous ne pouvons que constater la montée en puissance légale de cet obscurantisme, véritable inquisition quant les médicaments se retrouvent pucés d’électronique. « Pour être sûrs de la bonne prise », avec l’évangile à la clé pour le soi-disant « bien du patient », alors même que la rentabilité qui les dirige n’espère que plus de malades à racketter. 70% du « plan Marshall » pour la France a servi a construire des usines pharmaceutiques privées (hors-série Le Point, 1999).
    Le tout technologique réductionniste, dont la dictature pharmaceutique, a du plomb dans l’aile. Même deux siècles d’obscurantisme matérialiste, pulvérisant sans cesse notre conscience globale, ne sont rien face à des dizaines de milliers d’année où la sagesse d’une nature intrinsèque a été l’évidence. La sagesse, le bon sens, la jugeote sont des forces grandement sous-estimées, car impossibles à totalement réduire à néant, malgré des décennies de fluorisation de l’eau (camisole chimique). D’où leur renaissance inévitable, notamment face à un internet obligeant à faire le tri. Après quelques décennies de paroles d’évangile technologique, de prêt-à-penser télévisuel, la nature reviendra au galop, avec ou sans les écologistes d’ailleurs. L’antropocentrisme maladif de l’humain, tant imposé par notre société « moderne » comme norme, oublie trop souvent que la nature n’a jamais eu besoin de lui pour continuer de pousser et d’évoluer.
    L’arbre des possibles pousse inexorablement, sans se soucier nullement de nos phantasmes humains, trop versatiles. C’est pourquoi une futurologie axée sur l’humain, où même sur une éventuelle IA performante, ne peut dépasser le stade de l’idéologie.
    En paraphrasant, je pense que, dans l’après, la science sera holistique ou ne sera pas !!!

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