le concept de légitimité: une clé pour l’approche du futur

le concept de légitimité: une clé pour l’approche du futur

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légitimité: définitions et contours

légitimité: définitions de base

 

Étymologiquement, « état, qualité d’un enfant légitime ». À partir de là, beaucoup de définitions s’orientent vers les thèmes de la justice et du droit: « Qualité de ce qui est fondé en droit, en justice, ou en équité »  (Petit Larousse), puis vers des acceptions plus informelles et plus éthiques « Qualité de ce qui est fondé en équité, en raison » (Littré).
Plus la définition va se vouloir globale, plus les déterminants de la légitimité vont s’accumuler quitte à entrer en opposition les uns avec les autres : «Légitimité: Conformité de quelque chose, d’un état, d’un acte, avec l’équité, le droit naturel, la raison, la morale» (CNRTL). Dans cette définition, le droit est mentionné sous le terme “droit naturel“ ce qui le distingue du “légal“ et il y aurait beaucoup à dire sur les rapports que sont susceptibles d’entretenir l’équité, la raison et la morale.

la légitimité et le droit

 

Des vocables comme celui de “lois scélérates“ utilisés dans de multiples contextes depuis les lois anti-anarchistes de la fin du XIXème siècle, des lois votées à une très faible majorité, des lois adoptées puis rejetées par le Conseil Constitutionnel, des lois faites par un gouvernement puis défaites par un autre, autant d’illustrations des rapports équivoques qu’entretiennent la loi et la légitimité.
En démocratie, la légitimité doit être distinguée du légal dans la mesure où elle lui préexiste la plupart du temps. Ainsi va la reconnaissance des droits des minorités: c’est parce qu’une minorité est perçue comme légitime que des droits formels vont lui être accordés par la loi.
La relation entre le légal et le légitime n’est pas absente, mais asymétrique: une loi formalise la légitimité d’une pratique, mais une pratique peut être reconnue socialement légitime en dehors de la loi. Le légal aura néanmoins une utilité, mais en tant qu’indicateur (cf ci-après)

la légitimité et la morale

 

La légitimité se distingue du “moral“. L’esclavage et le génocide ont pu paraître légitimes à une majorité de citoyens à un moment donné de l’histoire.

la légitimité “ici et maintenant“

 

Ainsi la légitimité peut «être ou ne pas être» selon les temps et les lieux.
Parmi les centaines d’exemples possibles (la peine de mort, le travail des enfants, la polygamie, le port d’arme … et beaucoup d’autres), prenons celui, de l’excision (sources wikipedia).
• En d’autres lieux et d’autres temps

«Les pratiques d’excision sont considérées comme traditionnelles dans la mesure où elles se sont installées dans un contexte animiste ou pharaonique (c’est-à-dire bien avant l’arrivée des grandes religions monothéistes dans ces contrées)»

• Ici même, en d’autres temps:

«En France, la clitoridectomie a été préconisée à la fin du XIXe siècle par des médecins comme Thésée Pouillet (1849-1923), Pierre Garnier (1819–1901) ou Paul Broca (1824-1880) pour lutter contre l’onanisme.»

• Aujourd’hui, en d’autres lieux:

En Afrique, on recense 28 pays où les mutilations sexuelles féminines sont pratiquées…/…On considère qu’environ 100 à 140 millions de femmes ont subi une excision »

• Ici et maintenant:

Aujourd’hui, l’excision constitue une atteinte à la personne. Elle entre dans le cadre des violences ayant entraîné une mutilation permanente, délit passible de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende dans le cas général. Lorsque la victime est mineure de 15 ans, cela devient un crime passible de 15 ans de réclusion criminelle, 20 ans si le coupable est un ascendant légitime (Art 222-9 et 222-10 du Code pénal).

… et pour “un groupe social donné“

 

Le débat actuel sur le mariage entre personnes de même sexe constitue une parfaite illustration du caractère socialement délimité de la légitimité. Ce qui est légitime pour un groupe peut ne pas l’être pour un groupe voisin.  Nous rejoignons là l’exigence déjà formulée par ailleurs d’envisager le futur à partir de l’évolution d’une cohabitation de pratiques sociales

ce qu’elle peut être … ou pas

 

La légitimité peut avoir ou non un fondement religieux.
Elle peut se fonder sur une croyance en une vérité non démontrée.
Elle entretient des rapports également ambigus avec le bon sens ou la raison.

un concept défini socialement

 

On en arrive à une définition plus globale:
«Selon le sociologue Max Weber …c’est socialement que se définit la légitimité.» (wikipedia).

La légitimité concrétise l’état d’une idéologie pour un groupe donné, un lien interne, une image mentale, une croyance partagée par les membres du groupe, une valeur commune sans laquelle le groupe ne peut pas exister. Elle constitue, en quelque sorte, son règlement intérieur. La légitimité permet au groupe de se défendre, d’argumenter, de revendiquer des droits, d’exercer une influence sur les croyances et les pratiques des autres groupes sociaux.

Nous entendrons donc le terme de “légitimité“ dans son acception la plus large, comme caractérisant une «pratique sociale socialement admise».

les propriétés “futurologiques“ de la légitimité

 

caractéristiques générales

 

Les légitimités sont évolutives. Celles d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui qui ne seront plus celles de demain, ce qui va conditionner la nature des groupes, des usages et des innovations du futur. Ce qui amène à deux grandes catégories de questions:

• quelles évolutions de légitimités apparaissent lisibles à partir des indicateurs dont nous disposons
• quelles seront les légitimités du futur et quelles évolutions sociales seront-elles susceptibles d’induire ou d’empêcher?

Face aux possibles économiques ou technologiques, la légitimité apparaît donc comme un mode d’expression des «possibles sociaux».

Une structure hiérarchisée

 

Il est possible d’évoquer ce que l’on nommera des légitimités-mères, qui seules ou de façon combinée, influent largement sur de multiples pratiques sociales courantes. Certaines fonctionnent comme des logos (“travail, famille, patrie“), d’autres sont omniprésentes dans la régulation sociale globale (“démocratie“ pour le politique, “profit“ pour l’économique…).
Ainsi, la légitimité ascendante ou déclinante d’une pratique donnée, sa solidité, sa pérennité, peut être “mesurée“ à l’aune des légitimités-mères qu’elle conforte ou qu’elle interpelle.

la base d’une approche rationnelle

 

Se situant au carrefour de tout ce qui conditionne les croyances, les attitudes et les comportements, la légitimité relève du champ de l’argumentation, à l’image des discours politiques, économiques, voire même de ceux qui sont liés à la vente des produits technologiques qui génèrent les nouveaux usages. Elle apporte donc un caractère synthétique, rationnel et explicite à un ensemble flou de déterminants sociaux.
La légitimité relève de l’idéologique, soit en s’appuyant sur l’aphorisme de Anna Arendt, de la “logique d’une idée“ … soit une base fondamentalement rationnelle.

la multiplicité des indicateurs d’évolution

 

Aborder l’observation du devenir social par le biais d’un concept particulier comme la légitimité n’a d’intérêt que dans la mesure ou cette démarche rend plus lisible l’évolution.

L’émergence ou la dégradation d’une légitimité peut ainsi se lire de multiples façons à partir

• des débats, spécialement les nouveaux débats
• des lois
• de l’adoption, du rejet ou de l’obsolescence de certaines pratiques ou de certains outils
• de convergences d’effets à partir de multiples causes
• de diverses métamorphoses dans les modes de pensée ou les comportement
• du blocage ou de l’adoption de certaines innovations

Ainsi ce que l’on a coutume d’appeler “les tendances‘ sont généralement inutiles en tant que telles dans la mesure où elles n’appellent que des projections courtes (voir métaphore). Elles constituent cependant des indicateurs possibles d’une évolution des légitimités qui elles-mêmes peuvent alors, par recomposition, générer des tendances à plus long terme.

les limites de la problématique

 

Le totalitarisme, qu’il soit politique, économique ou religieux, impose à tous des pratiques plus ou moins arbitraires. La dimension de libre arbitre sous-jacente à l’idée de légitimité n’existe plus.
Il en serait de même si l’éventail de pratiques légitimes venait à se restreindre dans de trop fortes proportions.
Une démocratie active constitue donc le socle invisible des approches par le concept de légitimité. Les limites de l’une sont les limites de l’autre.

 

 

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