transhumanisme: beaucoup de bruit pour pas grand chose, mais…

transhumanisme: beaucoup de bruit pour pas grand chose, mais…

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Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains …/… le transhumanisme est l’idée que les nouvelles techniques vont probablement tellement modifier le monde d’ici un siècle ou deux que nos descendants ne seront plus “humains” sous de nombreux aspects.
Sur la base de cette définition, si un transhumaniste du XIXè siècle, voire de la Renaissance (il y en a eu), revenait aujourd’hui, il verrait que la mort a beaucoup reculé, que de terribles maladies ont disparu, que certains organes d’un homme peuvent être remplacés, que des greffes viennent se substituer à des articulations ou améliorer le fonctionnement cardiaque, que des lentilles ou des actes chirurgicaux rendent ou améliorent la vue des malvoyants, que des appareils rendent l’audition à des malentendants, que des énigmes mathématiques ou scientifiques inconnues à l’époque ont été non seulement identifiées, mais résolues. Il verrait qu’un homme dépourvu de jambes peut courir le 200m en moins de 22 secondes, que de simples cachets permettent à un humain d’améliorer ses performances physiques…que n’importe qui peut communiquer en temps réel avec un interlocuteur vivant à des milliers de kilomètres…
Ce transhumaniste du passé aurait la certitude d’avoir eu raison.
Serons-nous des transhumains? – la réponse est «OUI», puisque… nous le sommes déjà… par rapport à l’humain du XIXè… comme le sera sans doute l’humain du XXIIè siècle par rapport à nous… car la référence à l’humain est relative, ce que le discours transhumaniste a un peu tendance à oublier, lui qui affirme que ce qui s’avérera supérieur à “nous” sera supérieur à… “l’humain”. L’humain “intemporel” apparait comme une notion tout aussi incertaine que l’humain “amélioré”, incertitude consolidée par l’absence de toute référence à ce que serait supposé être un “humain réduit” (alors que cette notion est de loin la plus tangible, mais qu’elle appartient à un autre domaine de controverses où exploitation et dictature occupent le devant de la scène).
Un outil est un instrument physique utilisé par un être vivant …/… Il améliore l’efficacité des actions entreprises ou donne accès à des actions impossibles autrement.
L’outil peut être compris comme un prolongement de la main, du corps, un intermédiaire d’action, voire comme une prothèse dans le sens où il remplace (ou même crée) un membre ou un organe
Qu’est-ce qui différencie un “post-humain” d’un humain “normal” sachant exploiter les possibilités d’un outil perfectionné?
Un savoir-faire réservé à quelques-uns? Soit. Et si l’utilisation de cet outil perfectionné est simple et accessible au plus grand nombre? Au niveau des aptitudes, les situations sont équivalentes. La différence réside dans le fait que pour le transhumain, l’outil est… corporellement intégré. L’outil fait partie de l’humain. La maladie n’est plus vaincue par le médicament, mais par une modification de l’organisme. Du point de vue du résultat, c’est la même chose. Du point de vue de ses effets, le transhumanisme est donc une tempête dans un verre d’eau… une simple idéologie. Une idéologie qui prône la manipulation de l’humain à la manière d’un jeu et pour qui la réalisation de certains objectifs n’est au bout du compte qu’un prétexte. Pourtant, il faut garder à l’esprit que ce sont surtout les idéologies qui façonnent le futur et en ce sens il peut être intéressant d’essayer d’imaginer en quoi cette idéologie particulière est susceptible de le faire.
Reposons la question un peu différemment: qu’est ce qui différencie un outil inamovible, car corporellement intégré, d’un outil… amovible, mais dont on refuserait de se passer parce qu’il nous serait devenu indispensable? Donnons à cet outil un nom , par exemple celui de… smartphone. Il est clair que s’il faisait partie de nous, nous serions des transhumains au plein sens du terme.
Sauf qu’un détail demeure. Un smartphone exige d’être rechargé. Il suppose par là une relation extérieure prépondérante que ne serait pas supposée requérir l’amélioration de l’humain… quoique…Plus exactement, dans l’idée, l’implant est supposé dépendre du même système de régénérescence que l’ensemble du corps… on dit bien “dans l’idée”. Qu’en serait-il d’un smartphone, par lequel passerait la quasi-totalité des actions de notre quotidien, qui nous serait donc devenu indispensable, mais …qui n’aurait plus besoin d’être rechargé?
Cette hypothèse est loin d’être absurde à moyen terme. L’éclairage de nos vélos d’antan ou le fonctionnement déjà ancien des montres automatiques commencent à avoir des descendants plus technologiques comme la montre qui fonctionne avec la chaleur du poignet  et plus seulement avec son mouvement, le smartphone qui se recharge quand on le frotte …ou même quand on parle . On trouvera ici d’autres principes plus ou moins insolites concourant à cette même fin.
Certes, mais le smartphone reste extérieur à l’humain, il faut le mettre dans sa poche, penser à l’emporter, ne pas le perdre. Allons donc un peu plus loin: l’autocollant, le tatouage  doivent-il être considérés comme des incorporations corporelles ou comme des outils ?
tatouages
Où commence et où finit le transhumanisme? En fait, au-delà des discussions de café du commerce relatives à la victoire sur la mort ou à la question de savoir si les nourrissons se verront transmettre les données du disque dur incorporé au cerveau de leurs parents, la vraie tendance est sans doute celle du rapport de plus en plus étroit qui s’est installé entre l’humain et la technologie, qui se renforce et qui se perpétue. De tout temps, la technologie a comporté ses voies “dures”, largement dénigrées par les discours technophobes et des voies douces à l’usage des technophiles. Le transhumanisme peut s’envisager selon ces deux approches. D’un côté une idéologie de transformation de l’humain qui devra composer avec de fortes oppositions sociales et de graves échecs scientifiques, de l’autre, une problématique nouvelle de l’outil, construite autour de l’économie et de la récupération de l’énergie, qui ne peut pas être – a priori – posée comme une mauvaise chose… on dit bien “a priori”. Ce qui peut amener à penser que le transhumanisme “sera”, mais qu’il sera probablement… “doux”… ce qui devrait le rendre de moins en moins terrifiant, donc de moins en moins… médiatique… ce qui est très grave pour lui. Il pourrait en mourir.

 

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