La société de consommation: une parenthèse historique ?

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La société de consommation est très “jeune“ à l’échelle historique. Beaucoup trop, en tout cas, pour être admise, sans débat, comme le dénominateur commun de tous nos futurs (w).

Le terme « société de consommation » est la simplification du terme « société industrielle de consommation dirigée », défini par Henri Lefebvre comme étant l’état du capitalisme d’après la Seconde Guerre mondiale (le Salon des arts ménagers en est le fer de lance au milieu des années 1950).

Derrière ce terme, il y a un principe économique en forme de cercle vertueux où la production donne à ses travailleurs les ressources qui vont lui permettre de consommer ce qui est produit, et ainsi réalimenter la boucle.

Ce cercle vertueux suppose, au minimum:

  • que les salaires augmentent au même rythme que la productivité et dans des conditions se rapprochant du plein emploi
  • que les revenus du plus grand nombre soient supérieurs à leurs dépenses incompressibles

Sous ces conditions, la consommation implique l’emploi, qui permet la consommation… etc.

Or aujourd’hui, la pensée unique en matière de stratégie d’entreprise consiste à réduire au maximum les emplois (par l’organisation, par la robotisation, par l’intermittence…)

Par ailleurs, les dépenses incompressibles augmentent en permanente, selon l’INSEE, bien davantage encore si l’on estime que leur définition statistique est assez réductrice. Ces dépenses incompressibles concernent les postes où les économies pour l’usager sont et demeureront impossibles, soit à cause du statut monopoliste de l’offre (réseaux, transports…), soit à cause du caractère vital de la dépense (logement, alimentation, garde d’enfant, habillement, santé…), soit de son caractère obligatoire (impôts, charges sociales, assurance, banques) .

Le futur de ces postes de dépenses peut se lire à partir des communiqués d’EDF, quand… elle « se “voit contrainte“ d’augmenter ses tarifs pour “compenser le manque à gagner découlant des économies d’énergie“ »(!?).

La société de consommation correspond à une économie du “tangible“ fondée sur des services et produits effectifs (fussent-ils ineptes). Or la vague montante est celle de la financiarisation de l’économie, c’est à dire…  l’inverse… et même d’autant plus l’inverse que la finance n’est pas intéressé par la préservation d’une demande solvable à moyen ou long terme, ne serait-ce que parce que son rythme est devenu celui de l’instant. En outre, la richesse concentrée se gère plus facilement.

Le principe de la société de consommation consistait à rendre “un petit peu de la richesse collective“ à ceux qui la fabriquent… pour qu’il puissent continuer à en fabriquer. Ceci relevait, de la part de nos dominants, d’un « égoïsme intelligent ». La financiarisation de l’économie relève d’un « égoïsme stupide ».

La plongée de la grande consommation peut-elle être aussi rapide que le fut son envol dans le courant des années 50/60 ?

On peut postuler que la classe moyenne ne va pas exploser, mais s’éroder:

  • rapidement pour ceux qui ne dépendront que de leur emploi (quel qu’il soit)
  • plus lentement pour ceux qui seront protégés par un patrimoine, un héritage ou le soutien possible des générations précédentes

… ce qui risque de rendre le phénomène peu lisible pendant quelque temps avant qu’il ne surgisse, comme venu de nulle part.

La dérégulation d’un système est un processus d’autant plus mortel que les remèdes y apparaissent très vite pires que les maux et que de multiples rétroactions peuvent provoquer une accélération des dérives.

Par exemple:

  • L’épargne de précaution individuelle, née de l’insécurité, qui réduit la consommation
  • Le collaboratif, qui pousse les prix à la hausse, c’est à dire qui participe à l’exclusion économique tout en réduisant la quantité de produits consommés (les logements deviennent vacants ou sur-occupés)
  • Les stratégies opposées sur les prix face à la réduction de la demande et leurs conséquences potentiellement néfastes… dans les deux cas

Le devenir de secteurs entiers de l’économie va se poser en problème:

  • Celui du tourisme et avec lui le devenir de régions entières
  • Celui des géants actuels de l’économie numérique qui dépendent totalement de la grande consommation
  • Celui de la publicité et ses conséquences sur l’économie du gratuit… donc tout particulièrement sur l’audiovisuel et sur internet: ce qui était gratuit devenant payant… excluant par là un nombre croissant de personnes… affaiblissant par là l’efficacité publicitaire… etc.

Gardons aussi à l’esprit que notre consensus social se maintient grâce à la consommation et que l’existence d’une classe moyenne est probablement la condition de base de la démocratie.

Je serai gré au lecteur de ne pas penser que je me bats pour la préservation des montres connectées, des selfies, de la téléréalité et de tous les objets débiles qu’il reste à inventer en déclinaison de ceux qu’on connait déjà. La question est « par quoi le remplacer? ».

Si loin que l’on remonte dans l’Histoire, l’immense majorité des humains n’a jamais travaillé que pour assurer sa survie… une toute petite minorité pour s’enrichir. La grande consommation est apparue comme la seule et unique troisième voie jamais inventée. Elle fut la rupture-mère de toutes les ruptures.

Ne sera-t-elle qu’une parenthèse historique?

Une autre parenthèse peut-elle s’ouvrir à la suite de celle-ci et sur la base de quel modèle de gestion des richesses?… Car il ne faut pas se tromper, c’est bien de cela qu’il s’agit.

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