peut-on changer le futur?

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Peut-on changer le futur? Pour notre propos, la question est importante dans la mesure où la possibilité de changer le futur semble très corrélée à celle de le prévoir.

changer le futur


Si on ne peut pas changer le futur…

… cela signifie qu’il est produit par des déterminants extrêmement robustes, insensibles à toute action volontaire d’individus ou de groupes sociaux. Cette hypothèse de robustesse implique qu’ils soient en nombre réduit et qu’ils agissent à partir de forces et de logiques simples, trop d’interactions ou de complexité étant de nature à leur faire perdre leur caractère.
L’impossibilité de changer le futur irait donc de pair avec la possibilité de le prévoir… à condition d’être capable d’identifier correctement les forces et les logiques en question.
L’hypothèse déterminisme qui privilégie une certaine forme de fatalité au détriment de la volonté collective semble s’exprimer, par exemple, dans la disparition des grandes civilisations du passé, ainsi que dans l’impuissance des différentes révolutions à empêcher la convergence actuelle vers le capitalisme mondialisé.

Si on peut changer le futur…

… c’est qu’à l’inverse, il découle d‘un jeu complexe de forces d’intensités et de natures variables. Non déterminante en elle-même, chacune de ces forces est susceptible d’être transformée, amplifiée ou contrecarrée pour finalement affecter l’ensemble du système par actions, réactions et contagion. Selon ce principe, toute transformation politique, économique ou technologique, toute découverte scientifique, toute décision prise par une institution d’une certaine importance, serait de nature à changer le futur ou plus exactement à constituer une force de changement appelée à se confronter à d’autres forces de changement.
Mais si le futur est livré aux aléas d’une confrontation permanente de forces de différentes natures, il devient par là… très peu prévisible.
Sous-jacente aux militantismes les plus actifs et aux croyances les mieux installées, cette hypothèse est à l’heure actuelle la plus couramment admise.

en faveur de l’hypothèse déterministe

À qui évoquera l’impact décisif de certains “génies” des sciences sur le devenir des sociétés, sera opposée l’idée de la transformation des paradigmes scientifiques (voir Thomas Kuhn ), qui finit toujours par s’imposer d’elle-même et qui implique qu’en l’absence de Copernic ou d’Einstein, leurs découvertes auraient été le fait de quelqu’un d’autre… hypothèse sans aucun doute extrapolable aux mouvements artistiques ou philosophiques.
Mais surtout… peut-on identifier dans l’Histoire, un moment, un fait, un phénomène ou une décision, qui auraient pu changer notre évolution de façon significative?

changer le futur ou changer “les” futurs?


Ces deux hypothèses opposées semblent cependant être liées à deux échelles de temps différentes, elles pourraient donc ne pas nous parler du même futur.
En gros, plus on raisonnerait sur le long terme, plus notre évolution apparaitrait déterminée, et plus les facteurs de transformation que l’on aurait cru identifier en les vivant s’avéreraient finalement anecdotiques. Les décisions politiques, les changements sociaux, technologiques, économiques seraient assimilables à de simples modalités, à l’image du choix du moyen de transport, de la durée du trajet, des villes étapes ou du type d’hébergement… sur un trajet imposé Paris-Moscou. Sauf qu’à défaut de savoir qui aurait imposé Paris-Moscou (énigme très difficile pour un non croyant), on préférera s’appuyer sur une autre analogie, aux allures plus scientifiques, celle du “nuage de points”, qui présente notamment l’intérêt de ne pas présumer de la cause et de l’effet entre la courbe et les points.
Dans tous les domaines, même lorsqu’elles se donneraient l’apparence de l’autonomie, des pratiques variables (les points) s’inscriraient dans une même évolution générale (la courbe).
Cette dualité peut s’exprimer autrement:
  • À l’idée de long terme se substituerait l’idée de forces permanentes
  • À l’idée de court terme se substituerait l’idée de logiques d’époque
Les secondes, plus éphémères, mais disposant d’une autonomie relative, devraient cependant composer avec la pression continue des premières, plus ou moins lisibles dans un premier temps, mais qui s’imposeraient inexorablement sur la durée.

quels seraient ces déterminants qui empêcheraient de changer le futur?


Si ce sont des forces et des logiques simples qui déterminent notre futur, comment expliquer que nous éprouvions autant de difficultés à les reconnaître?
Deux approches de la question pourraient converger vers une même explication:
  • Les forces seraient identifiables, mais nous nous refuserions à l’admettre. Le biais de prévision résiderait dans un conditionnement idéologique, qui s’il est aussi unanimement partagé, devrait probablement être recherché dans une survalorisation de l’humain. On échouerait à prévoir le futur par idéalisation de la nature humaine, notamment sous-tendue par la notion de “progrès”, (trop) systématiquement associée à notre évolution. L’humain se verrait plus beau qu’il n’est et ceci brouillerait la lecture de son histoire comme de son futur.
  • Si les mêmes déterminants agissent sur l’évolution indépendamment de l’histoire, de la géographie et des différences culturelles, c’est qu’ils relèvent de ce qui est commun à l’ensemble des humains. Or, que partagent l’ensemble des humains sinon leurs racines animales. L’intelligence humaine ne ferait alors que décliner des motivations issues du règne animal (survie et domination) en leur “ajoutant” des composantes intellectuelles… mais sans les remplacer. Selon ce principe, on verrait, par exemple, des technologies de plus en plus élaborées (œuvres de l’intelligence) mises au service de la domination (motif animal)… voire d’une barbarie tout à fait intemporelle.
Le futur de l’humain serait donc “plombé” par ses origines animales.
  • Évoquée plus haut, la convergence vers le capitalisme mondialisé ne devrait pas être comprise comme un avatar de l’évolution. Le capitalisme s’imposerait parce qu’il reprendrait à son compte la logique animale de la “loi de la jungle”, où se déclineraient les concepts de domination et de survie, selon différentes logiques d’époque, pour finalement laisser s’imposer en dernière instance la simple agrégation “animale” des égoïsmes.
  • La science économique s’est construite sur l’hypothèse de confrontations de protagonistes rationnels s’appuyant sur des calculs de type profits/pertes, alors qu’en version animale, la logique d’acteurs consisterait à savoir ce qui justifie ou non une dépense d’énergie. Pour l’animal, la meilleure proie est celle qu’il peut capturer le plus facilement. Ainsi, même dans le cas d’une attitude stratégique initiale, les comportements humains tendraient sur la durée à privilégier la paresse… le dynamique créateur d’entreprise irrésistiblement aspiré par le parasitisme de l’actionnariat… le prodige technologique que constitue la télévision finissant par ne plus servir que de support à des émissions faciles à produire et faciles à consommer.
Insistons cependant sur un point. Égoïsme tendanciel ne signifie pas que toute collaboration entre individus est exclue ou que personne n’est capable d’altruisme, ni même qu’un nombre limité d’individus ne puissent consacrer toute leur vie aux autres (rappelons qu’il s’agit d’un nuage de points). Cette hypothèse signifie que majoritairement et tendanciellement l’agrégation autour de l’égoïsme… mais aussi autour de la paresse… finira toujours par s’imposer sur la durée.
Cette hypothèse ne permet pas en elle-même de prévoir le futur, car il faut être conscient du fait que la “courbe” n’existe pas concrètement… et surtout pas a priori. Elle indiquerait seulement:
  • que les pratiques sociales ne se dispersent pas, de façon significative, sur l’ensemble des possibles à un moment donné, mais s’autocanalisent dans leur évolution
  • que les promesses que laissent entrevoir les émergences de toute nature tendront toujours à se décliner de façon majoritairement négative et que les scénarios optimistes pour la collectivité pourront être, a priori, écartés.

en guise de conclusion provisoire


Si l’on peut changer le futur, cela signifie que l’humain a définitivement vaincu l’animal qui était en lui (ce dont nos actualités quotidiennes nous autorisent à douter). Dans le cas contraire – hypothèse privilégiée pour l’instant – l’animal qui est en lui continuera à piloter l’humain, lui interdisant d’orienter le futur dans le sens de la sagesse et de l’intelligence, surtout à long terme. Ainsi, les grandes promesses, notamment technologiques, ppourraient jouer un rôle effectif dans le futur, mais toujours “tirées vers le bas” .
L’égoïsme, la paresse, la survie ne sont pas vécus par l’homme de la même manière que par les animaux, mais déclinés en incorporant des dimensions intellectuelles, ce qui tend à les rendre moins lisibles. Savoir les identifier sous différents visages constituera la première phase de leur utilisation dans l’approche du présent comme du futur, tout comme les logiques d’époque, qui elles aussi demandent à être explicitées. Ce sera l’objet de futurs billets.

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