Nouveau paradigme: quand « tout » devient autre chose

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Paradigme: définitions


 

La notion de “paradigme” est issue de la philosophie des sciences, mais s’est imposée progressivement dans l’approche du “social” (W)

  • Le mot paradigme s’emploie souvent dans le sens de “vision du monde”

  • Dans les sciences sociales, le terme est employé pour décrire l’ensemble d’expériences, de croyances et de valeurs qui influencent la façon dont un individu perçoit la réalité et réagit à cette perception.

  • Le paradigme au sens collectif est un système de représentations largement accepté dans un domaine particulier

Osons une analogie géométrique. Un point peut voir ses coordonnées changer parce qu’il est en mouvement (ce serait l’évolution telle qu’on l’envisage habituellement)… ou parce qu’on mesure celles-ci dans un autre repère (ce serait l’équivalent d’un changement de paradigme).

Dans les sciences, ce qui est perçu comme vrai l’est dans le cadre d’un paradigme particulier… il pourra apparaitre faux selon un autre. On lira ou relira, à ce propos, l’ouvrage de Thomas Kuhn “La structure des révolutions scientifiques”, qui montre, entre autres choses, pourquoi l’évolution scientifique ne s’opère ni de façon linéaire, ni surtout de façon cumulative (une idée à retenir en futurologie).

Moins ambigu que le terme d’idéologie, le terme de paradigme apparait d’autant mieux adapté à l’approche de l’évolution sociale qu’il permet de tirer parti des modèles d’analyses issus des sciences.

La réussite, l’échec, les attentes, les projets, le futur, les valeurs, “la liberté, l’égalité, la fraternité“, “le travail, la famille, la patrie”, l’homme, la femme, le partage, la justice, la communication, ce qui exalte ou qui ennuie… tout ce qui fait le social voit ses significations évoluer en permanence. Se modifie par là, la façon dont les différents groupes d’une société perçoivent leur présent et, au-delà de lui, leur futur. Voyons à partir d’un exemple.


 

Du paradigme du besoin au paradigme du jeu


 

“Équiper les ménages”, “nourrir la planète”, “créer des emplois”, “répondre aux besoins toujours plus pressants”… etc, toute cette rhétorique de routine ne sert plus qu’à masquer une réalité: le moteur de l’économie, et à travers elle de la société, n’est plus le besoin.

Cela ne signifie pas que celui-ci n’existe plus, mais que plus rien semble n’avoir de sens lorsqu’on raisonne sur la base de cette idée-là. Ses discours et arguments lassent… même ceux qui devraient être les principaux concernés.

Les pensées du plus grand nombre sont pilotées par une autre idée. Le concept central de l’idéologie dominante, celui qui permet à des groupes théoriquement inconciliables de continuer à faire fonctionner de conserve une société en apparence absurde, c’est probablement le “jeu”. Le jeu dans toutes ses déclinaisons, toutes ses motivations, toutes ses connotations.


 

le jeu et les “mots” de l’entreprise


 

La terminologie associée à l’entreprise d’aujourd’hui serait, pour l’essentiel, vide de sens dans une problématique du besoin.

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Le jeu permet d’imaginer pourquoi:

  • la finance est devenue reine
  • les milliardaires font le malheur de la planète et de ses habitants pour augmenter leur pécule de quelques pour cent
  • les cadres s’épuisent à essayer de prendre la place de leur supérieur
  • on invente des systèmes permettant de gagner de l’argent en un millième de seconde
  • on invente des bookmakers pour l’économie: les agences de notation
  • on joue avec le fisc

et par extension à l’échelle individuelle:

  • on monte des start-ups
  • on rêve de carrière
  • on participe au casting d’émissions de téléréalité
  •  …

 

Le sel de la vie: la chance, la rencontre, le hasard


 

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Le culte de l’expérience nouvelle, de l’évènement, de l’innovation, de la célébrité, de l’insolite… l’attrait pour l’accélération, l’intensité, le retour ultra-rapide des effets d’une action, autant de facettes du jeu.

Combien moins palpitant apparaitrait le nuage de tags associé au besoin. Le besoin appelle une réponse… pas un choix. Or choisir, c’est jouer… et réciproquement.

Le divorce entre les deux paradigmes s’opère en grande partie à ce niveau.


 

Le jeu: pourquoi et comment?


 

L’idée de jeu s’est imposée de façon progressive à partir de canaux multiples: (voir : “la percolation: une base théorique pour analyser l’évolution”)

  • l’exigence économique de dépasser le besoin pour continuer à faire du profit et pour cela fusionner en une seule entité producteur et consommateur
  • une première évolution du besoin vers le “loisir consommé”, puis le glissement vers le loisir “actif”, puis une convergence entre loisir actif et monde du travail.
  • de l’évidence qu’on ne devient pas riche par le travail et que celui-ci ne permet que des progressions très aléatoires (de plus en plus) et en tout état de cause très lentes
  • de l’idée de gains rapides et… potentiellement hors-normes
  • du refus soixante-huitard de perdre sa vie à la gagner
  • de rendre exaltant même l’échec, surtout quand celui-ci devient de plus en plus probable

Le jeu est associé à la dimension temporelle de l’instant, quand le besoin s’attache à celle de durée. Le jeu est une vision du monde. Il ne consiste pas à rire des choses sérieuses. Il produit des perdants… qui pleurent… et même qui meurent. Des duels à la roulette russe, le jeu cohabite de longue date avec le péril ultime. L’immigrant clandestin  mise tout ce qu’il possède et même sa vie pour un Eldorado… extrêmement hypothétique. Lui aussi joue.


 

Le futur du jeu


 

Comment le paradigme du jeu peut-il se développer dans le futur? Va-t-il valoriser certaines organisations, certaines technologies ? Quel type de métamorphoses va-t-il subir à son tour? Va-t-il voir certaines de ses “branches” devenir dominantes? Va-t-il s’effacer à son tour devant un autre paradigme?

Notre futur est conditionné par ces questions. Prenons l’exemple des applications de la génétique:

  • Dans le paradigme du besoin, elles viseraient à augmenter “la durée” de vie, à mieux résister à la maladie, au froid, au chaud, à la faim, à la soif… etc.
  • Dans le paradigme du jeu, elles pourrait amener à augmenter “l’intensité” de la vie, à transformer en ce sens les sensations, les perceptions, la mémoire, à “vivre davantage” à durée égale, voire inférieure.

Donner un rôle central au concept de paradigme peut ainsi permettre d’envisager comment d’autres “visions du monde” pouraient produire “d’autres mondes”.


 

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