le futur vu par les mots qui disparaissent: AUTHENTICITÉ

le futur vu par les mots qui disparaissent: AUTHENTICITÉ

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«Authenticité» fait partie de ces nombreux termes qui déclinent l’idée de vérité en insistant sur différents aspects de cette notion mère difficile à circonscrire. Dans le cas de l’authenticité, la vérité s’appréhende en relation avec la question de l’origine, que ce soit dans son sens juridique, dans l’approche des usages, où le langage courant lui associe fréquemment des connotations traditionnelles, voire pastorales, ou dans sa dimension philosophique où l’origine renvoie à la notion d’essence.

Dans tous les cas, l’authenticité désigne une qualité supérieure. Elle est une vertu. Ce qui l’inscrit dans l’ambivalence bien résumée par cette réplique culte du Nom de la Rose «- Qu’est-ce qui vous effraie le plus dans la pureté? – La hâte», par laquelle Umberto Eco montrait bien comment l’intolérance et le totalitarisme sommeillent derrière l’expression de la vertu. Ainsi, dans sa dimension de fidélité aux origines, l’authenticité peut être “ aussi ” le point d’ancrage d’un fondamentalisme de même nature que ce totalitarisme rampant si facile à débusquer derrière toute utopie.


authenticité: la première phase du déclin


On ne s’attardera pas sur la première phase, ancienne et progressive, du déclin de l’authenticité. Cette notion a éprouvé beaucoup de difficultés à survivre à la société de consommation et à ses corrélats: le marketing, la publicité, la mode, l’éphémère, qui se sont mis à régner bien au-delà de la sphère des produits. Mais il ne s’agissait là que de l’augmentation du poids de ses “ ennemis ” traditionnels: la falsification, la copie, le factice, le gadget… La caractéristique de cette première phase de déclin est que l’authenticité demeurait une vertu, mais subissait les assauts des nombreux “ vices ” rendus plus forts par l’évolution sociale.


la seconde phase du déclin


Dans une deuxième phase, plus récente, l’authenticité s’est trouvée frontalement opposée, non plus à des vices, mais à d’autres qualités supérieures, principalement produites par l’idéologie de l’entreprise devenue aujourd’hui le moteur principal des valeurs sociales. La fidélité aux origines est devenue un immobilisme imperméable aux idées nouvelles. La dimension intemporelle de sa vérité apparait incompatible avec les vertus émergentes que sont la capacité d’adaptation, l’ouverture au compromis, le pragmatisme ou l’opportunisme. Ce dernier concept est devenu extrêmement central aujourd’hui. Est-il “ socialement permis ” à l’individu de ne pas “ saisir une opportunité ” quand elle se présente, dans quelque registre que ce soit? Quant au pragmatique, il revendique une vérité totalement dépendante du contexte, soit… le contraire de l’authentique.


authenticité: reste-t-il un noyau dur?


L’authenticité serait donc vouée à un repli définitif sur le berceau que représente pour elle l’attestation d’une l’origine au sens où l’entendent le droit et le marché de l’art. Mais là aussi, encore des questions.

Qu’est-ce que l’authenticité quand une machine peut créer un Rembrandt ?… lisez bien “ créer ” un “ Rembrandt ”… c’est à dire un “ tableau inédit ” totalement réalisé “ à la manière de Rembrandt ”. Le processus est résumé ici .

Afin de réaliser ce tableau inédit, les chercheurs ont analysé plus de 300 œuvres du peintre, grâce à l’utilisation de scanners 3D haute définition. Ces analyses ont permis de capturer chaque détail propre à l’identité artistique de Rembrandt et ainsi créer un algorithme qui pourrait créer un tableau inédit. Ce dernier a été réalisé grâce à la récolte de plus de 160 000 fragments venant des différents travaux de l’artiste.

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C’est grâce à l’utilisation de treize calques tirés des tableaux du peintre et à l’analyse de la distance moyenne entre les yeux, le nez et la bouche des différents portraits réalisés par Rembrandt que l’algorithme à pu réaliser son propre tableau.


en guise de conclusion provisoire


Il ne manque que les manipulations de matières par les nanotechnologies, qui leur permettraient d’être reconnues comme remontant au XVIIè siècle par une datation au carbone 14, pour nous offrir un Rembrandt inédit d’époque… et à partir de là… beaucoup de Rembrandt, mais aussi beaucoup de Gauguin, ou de Vélasquez… inédits d’époque. Mais l’essentiel réside dans la dimension philosophique du problème beaucoup plus que dans la question de l’avenir des faussaires. Le sujet nous interpelle à deux niveaux, sur lesquels nous allons revenir dans les prochains billets:

  • Un mot comme « authenticité » qui disparait c’est, d’une part, la disparition de son contraire, le “ non-authentique ”, et surtout une valeur qui cessera d’être “ opposable ” faute de mot pour l’exprimer. L’authenticité est une “ fidélité ”. Son extinction peut être vue comme un signe annonciateur, voire le commencement d’un futur sans mémoire.
  • Quant au faux Rembrandt, il nous interpelle sur le futur de la création… une autre problématique de l’origine.

Et au-delà…

Bébé_NdG


 

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