le futur par les mots qui disparaissent: OPTIMISME – PESSIMISME

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Le couple optimisme – pessimisme renvoie à l’approche la plus immédiate du futur. Elle peut-être le produit d’un simple ressenti autant que celui d’un raisonnement. On peut être optimiste ou pessimiste avec ou sans raison – voire pour les mêmes raisons -. Contrairement à certaines notions envisagées précédemment, nous avons affaire ici à une disparition plus complexe à appréhender dans la mesure où le couple optimisme – pessimisme ne peut, à certains égards, pas complètement disparaitre. Pourtant, dans l’usage courant, ces mots tendent aujourd’hui à être de moins en moins utilisés: le pessimisme est perçu comme banal, l’optimisme comme un peu benêt. Qu’est ce que cela pourrait vouloir dire?

optimisme, pessimisme et bonheur


En tout premier lieu, l’extinction progressive du couple optimisme – pessimisme en accompagne une autre, beaucoup plus avérée, celle de l’idée de bonheur. Cette notion renvoyait à l’absolu d’une perfection figée. Or les paramètres de tout ce qui pourrait participer à l’idée de bonheur sont devenus trop nombreux, trop variables et, en outre, de plus en plus intimement liés à l’idée de changement. Le bonheur, si tenté qu’on s’y réfère encore, n’est plus associé à l’immuabilité d’un “état”, mais à un renouvellement de la “surprise”. Mais si ce qui se rapproche le plus de l’idée de bonheur s’inscrit dans un changement permanent, il contient à l’évidence du bon et du mauvais, puisque ce qui change sans cesse ne peut pas toujours le faire… dans le bon sens… ni en outre dans le mauvais… ce qui tend à vider la notion de sa substance. Le bonheur devient quelque chose de provisoire, difficile à distinguer de son contraire… à l’instar du couple optimisme – pessimisme.
Le futur pourrait donc avoir à composer avec l’absence d’une idéologie du bonheur.
Privé de cet ancrage à l’absolu, le couple optimisme – pessimisme a du mal à conserver une identité dans ses termes comme dans les relations qu’ils entretiennent et qui en faisaient des “contraires”. Celui qui joue au Loto est-il la victime d’un incurable optimisme ou à l’inverse a-t-il atteint le stade ultime du pessimisme, celui où la voie qui lui offre une chance sur 20 millions de rendre sa vie heureuse lui apparait plus crédible que n’importe quelle autre?
Emportés dans les turbulences qu’a subies la notion de bonheur; l’optimisme et le pessimisme, qui préjugeaient d’un “état” relativement stable, ont dû apprendre à composer avec des instantanés: ceux de l’opportunité et de l’accidentel. Cette évolution découlerait de l’émergence d’une “dictature de l’évènement” qui tend à s’imposer dans tous les domaines. Optimisme et pessimisme se définissent moins aujourd’hui comme des prédispositions de l’esprit à envisager l’avenir de façon positive ou négative que comme des attentes orientées vers l’imprévu. On retrouve cette dérive à l’œuvre dans la perception “sociale” de ces notions, comme celle des enquêtes de conjoncture qui suivent presque au jour le jour l’évolution du moral des ménages et des chefs d’entreprises. On distingue de moins en moins nettement l’optimisme et le pessimisme de la bonne ou de la mauvaise humeur, celle qui s’attache aux bonnes et aux mauvaises nouvelles.

optimisme, pessimisme et sociétés


Mais en s’éloignant de leurs positions initiales de “contraires”, les deux notions en sont arrivées à s’inscrire dans des registres sensiblement différents.
Le pessimisme est devenu banal ou plutôt l’est resté pour des raisons … traditionnelles
Les grandes catastrophes, dans ce qu’elles ont de plus frappant pour l’imagination, surtout la douleur physique, furent les premières inspiratrices du pessimisme. Mais elles nous atteignent souvent par l’intermédiaire des autres hommes : le spectacle de l’égoïsme, de la cruauté, de la violence, des passions humaines …/… ce sont là des expériences et des sentiments très simples et très généraux, qui constituent souvent, selon les philosophes classiques, tout le pessimisme primitif.
Quant à l’optimisme il s’est, peut-être plus que jamais installé dans les comportements. Nombreux sont les philosophes qui postulent que toute société ne peut fonctionner que sur une base d’optimisme. L’Histoire s’est nourrie de conquêtes, dans lesquelles se sont engagées des armées animées par la conviction du succès… de même pour les projets de révolution… de résistance … et au-delà, de tout projet, de quelque nature qu’il soit. Les dictatures ne se rendent supportables que par la promesse de futurs âges d’or. En démocratie, celui qui se déplace pour aller voter espère quelque chose.
Le capitalisme a érigé l’optimisme en système au point que même ses perdants les plus avérés ne souhaitent que très rarement sa remise en cause. Ce qui pose une question fondamentale pour notre avenir: Une société peut-elle s’autoriser le pessimisme?
Cette question est fondamentale dans la mesure ou optimisme et pessimisme correspondent aujourd’hui, plus seulement à des jugements de valeur, mais à des contenus totalement divergents en matière de prévision, ceux de la pensée capitaliste (optimiste) et de la pensée écologique (pessimiste). La seconde n’offre rien de positif qui pourrait canaliser la société dans la direction de ses propres attentes. L’idée d’un âge d’or dans le passé ne peut tenir lieu de vision d’avenir. Cette approche pourrait ainsi amener à se convaincre que face au capitalisme, la pensée écologiste va devoir s’inventer un optimisme, c’est à dire… se réinventer … pour réellement poser les fondements d’une nouvelle société. Se réinventer ou disparaître.

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