combien de temps faudra-t-il à la machine pour tuer le robot?

combien de temps faudra-t-il à la machine pour tuer le robot?

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Machine et robot ne sont pas les deux faces d’une même pièce. A certains égards ce sont des contraires.
Au commencement fut l’outil, puis très vite la machine
Machines
La machine est née d’une fonction.
À l’inverse de cette logique technique, le robot est né d’une “forme”, une forme révélatrice d’une idée.
Westinhouse
Les robots de Westinghouse , Televox (1927) puis “Elektro” (1938), se posaient en enfants du robot de Léonard de Vinci
Leonardo_robot_600
Le Televox pouvait accepter un appel téléphonique en soulevant le récepteur téléphonique. Il pouvait alors contrôler quelques procédés simples en agissant sur certains commutateurs, en fonction de signaux reçus. Televox pouvait prononcer quelques bourdonnements et des grognements primordiaux et agiter un peu ses bras. Bien que sans voix lors de la première version, Televox a appris plus tard à dire deux phrases simples
Ces capacités présentaient-elles un quelconque intérêt? Y avait-il nécessité d’une forme humanoïde pour effectuer ces tâches? On voit bien qu’il ne s’agit pas là d’une démarche technique classique. Ainsi, dès l’origine, le robot a présenté deux particularités:

 

  • une forme humanoïde (par extension, celle d’un d’être vivant comme le canard de Vaucanson) en soutien d’une forte charge idéologique
  • une totale absence de finalité qui en font “le contraire d’une machine”, qui elle est fondée sur une fonctionune fonction dont découle une forme.

 

Ces deux caractéristiques fondamentales ont traversé les siècles et se retrouvent dans le robot domestique, celui qui aujourd’hui incarne l’idée de robot, celui avec lequel nous sommes supposés « devoir apprendre à vivre », mais qui s’entête à … ne pas servir à grand-chose, surtout au regard des technologies exceptionnelles qu’il renferme
manoi
Mais alors… pourquoi le robot?
Cette persistance à travers les siècles est celle d’une idéologie. Celle-ci s’appuie sur la référence permanente à l’image de l’humain dans laquelle sont incorporés tous les possibles technologiques du moment (devenus impressionnants aujourd’hui). La référence à l’image humaine est primordiale, car sans ce point de fixation immuable, notre imaginaire serait incapable d’agréger l’ensemble des possibles de l’ensemble des machines. Or c’est ce que véhicule l’idée de robot en s’appuyant sur l’extrême variété… et l’extrême imperfection… des compétences de l’humain.
La logique du robot est intégratrice, celle de la machine est désintégratrice. Aujourd’hui, au fur et à mesure que les nouvelles possibilités initialement associées à la robotique se réaffectent dans les machines (drones, robots industriels …) le robot acquiert une utilité… ce qui l’amène à adopter une morphologie adaptée… et en conséquence à perdre son aspect humanoïde.
drone
Ce robot-là n’est plus un robot au sens historique du terme, il devient une “machine évoluée” capable d’intégrer des données d’environnement.
Une idéologie est en train de se dissoudre et avec elle:
  • une certaine vision du futur moins disruptive (au moins de ce point de vue) dans la mesure où la cohabitation avec les machines est une longue habitude de civilisation
  • un certain nombre de délires transhumanistes

… et peut-être:

  • le retour d’une démarche technologique finalisée sur autre chose qu’elle-même
  • le retour de la polyvalence comme apanage de l’humain qui retrouverait par là un statut qu’il donne, depuis quelque temps, l’impression de perdre
Le robot est une idéologie qui nie à la fois la logique de l’outil et la spécificité du vivant. Bienheureusement, il semble voué à être tué par la machine…
… Et le plus vite sera le mieux.

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