le futur d’une icône de l’anti-futur: le village

le futur d’une icône de l’anti-futur: le village

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Beaucoup d’arguments pourraient nous ramener vers le village, pourtant rien n’y mène, car dans la pensée du futur le village n’existe tout simplement pas. Comment pourrait-il d’ailleurs appartenir au futur alors qu’il parait déjà ne plus appartenir au présent?
Posons la question autrement: est-il possible d’exprimer les conditions qui feraient du village l’espace de référence de demain? La réponse pourrait être plus simple qu’il n’y parait. En fait, il suffirait sans doute que l’ensemble des grandes promesses technologiques qui nous sont faites soient… rigoureusement tenues.
La connexion généralisée, les espaces virtuels, les réseaux sociaux, la vidéoconférence, la vidéo à la demande, la vente par correspondance, l’enseignement en ligne, le télétravail et autres téléactivités, rien de ce qui semble voué à faire partie de notre futur ne présente d’exigences spatiales particulières. Pour l’essentiel les emplois qui réclament une présence physique “non-virtuelle” sont appelés à être pris en charge par des robots. Au final, n’importe quelle configuration d’habitat pourrait convenir.
Il serait donc logique que le futur nous éloigne de la ville, tout spécialement de la grande ville, perçue par beaucoup comme lieu d’insécurité, de bruit, de pollution, où les prix de l’immobilier ne cessent d’augmenter quand les ressources des particuliers vont devoir composer avec l’instabilité de l’emploi, sa probable raréfaction, une pression croissante sur les retraites …etc.
Le tourisme intérieur, les résidences secondaires, ont familiarisé les classes moyennes avec la fréquentation de la campagne, de la montagne, de la forêt, du littoral, des bords de lacs et de rivières. L’émergence de la sensibilité écologique change l’image des espaces naturels, alors même qu’opère une prise de conscience que “l’urbain concret” ne tient pas les promesses de “l’idée d’urbain”: au quotidien, Paris n’est, pour le plus grand nombre, qu’un RER et une lointaine périphérie.
La valorisation des circuits courts, l’émergence des valeurs collaboratives, les possibilités de gestion des services quotidiens, l’idée d’un espace exprimant une identité, devraient par ailleurs déqualifier l’habitat isolé ou l’individuel périurbain (dit aussi “grands ensembles horizontaux” ) et favoriser une forme de regroupement autour d’équipements de proximité du type de celui que propose le village.
Cette construction intellectuelle trouve-t-elle un écho dans des tendances observables?
En France, entre 1999 et 2007, la population rurale a augmenté de 9 % quand celle des villes ne progressait de 4,6 %. En 2011, un citadin sur quatre, âgé de 25 à 49 ans, déclarait, dans un sondage Ipsos, vouloir quitter sa ville pour un village. Un choix de vie aussi bien porté par l’envie de prendre un nouveau départ (pour 38 % des sondés) que par le souhait de retrouver ses racines (25 %) ou de vivre dans une région que l’on aime (24 %).

Mais…

Mais, rappelons-le, cela suppose que les alternatives virtuelles aux équipements physiques et aux déplacements fonctionnent effectivement… et de façon satisfaisante. Il est impératif que les promesses technologiques du futur soient rigoureusement tenues, tout spécialement en matière de connexion et surtout de débit de connexion. Or, de ce point de vue, en France, les choses se présentent assez mal comme le montre cette carte où figurent le pourcentage de population raccordée au Haut Débit, par zones, en France et en Europe.
Carte_HD_reduite
Certes, la notion de “haut débit” n’est pas exactement la même partout, mais le problème demeure.
La ville garde pour elle un incontournable avantage: elle est l’espace de repli, l’alternative possible à toutes les promesses non tenues. Quelles que soient les insuffisances du futur technologiques, la ville y pourvoira… le village probablement pas. En dépit de tous ses arguments, le village pourrait donc continuer longtemps encore à … ne pas exister.
Mais d’autres alternatives se font jour, sans doute porteuses de nouveaux inconvénients, avec l’essor de la privatisation des réseaux
Les ballons et les drones des Gafa n’ont pas totalement éclipsé l’une des premières technologies qui a servi à apporter aux régions isolées les moyens de communiquer : le satellite. Google, Facebook, Space X, Virgin Galactic, Airbus, SES… ou le pure player OneWeb peaufinent des constellations de micro-satellites en orbite basse pour les couvrir.
Les villages pourraient donc, au final, effectivement revivre, mais en devenant les propriétés de fait des multinationales de l’internet.

 

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