biomimétisme: vers un reformatage indolore de la pensée

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Le vivant, domaine de connaissance passionnant, inspire le biomimétisme, qui consiste à rechercher l’utile dans le passionnant.

Le biomimétisme existe formellement depuis longtemps et nous a notamment valu plusieurs décennies de références obsédantes au Velcro. L’idée somnolait néanmoins face aux perspectives limitées que lui offrait le monde visible. La plongée dans les échelles inférieures a révélé que là se cachait l’essentiel des secrets de l’adaptation du vivant. Les nanotechnologies, la génétique ont ainsi propulsé le biomimétisme sur l’avant-scène de la recherche… et de son actualité.

 

le biomimétisme: à quoi çà sert?

 

Le biomimétisme est une méthode dédiée à l’innovation technologique.

  • Il sécurise la démarche par l’imitation d’un modèle fonctionnel existant dans la nature
  • Il formalise un objectif commun à des recherches devenues incontournablement pluridisciplinaires
  • Il substitue à l’aléatoire d’une phase créative d’invention, une démarche beaucoup plus contrôlable d’observation-compréhension-transposition

L’innovation ne passe plus par l’inédit, mais par “l’existant caché“. 

On aimerait pouvoir dire que l’imitation ouvre des horizons plus courts que ceux de la création, mais cela semble douteux vu le réservoir inépuisable de modèles dont elle dispose (ci-dessous arbre phylogénétique du vivant).

ArbrePhilogénétique

 

Comment “penser le biomimétisme“?

Le biomimétisme consiste en une mise en relation de deux ensembles, la nature et la technologie. Celle-ci ne peut logiquement s’opérer que sur la base d’une référence commune: à priori “la fonction“.

L’évolution des espèces, l’adaptation à des milieux variables, font que le vivant propose de multiples interprétations et de nombreux types de réponses à un problème fonctionnel donné. Au besoin d’une solution technique s’offre à la copie l’équivalent d’une “gamme de produits“.

Davantage d’alternatives autorisent des évaluations plus exigeantes et plus complètes incorporant des critères d’usage, d’économie, d’environnement… Le biomimétisme apparaît donc comme un auxiliaire de recherche tout à fait pertinent, un très probable vecteur de mieux-faire.

Poser le biomimétisme comme un outil ou une méthode serait, sans doute, le penser de façon à peu près juste.

 

le biomimétisme comme philosophie

 

Pourquoi est-il aussi fréquemment pensé autrement?

Car on constate, en explorant les écrits sur le sujet, que la pensée du biomimétisme réfère beaucoup à des odes à la nature… à ses équilibres… à son économie… à sa résilience… à sa pertinence… comme dans ce que beaucoup acceptent comme une théorie du domaine, l’approche de Janine Benyus (source wikipedia).

La nature serait globalement “bonne“, vertu qu’elle transmettrait à chacune de ses parties et que celles-ci transmettraient, à leur tour, à tout ce qui s’inspirerait d’elles-mêmes.

Cette chaîne vertueuse attache donc “les mérites du tout“ à … la “copie“ de la partie (“??“) selon un principe qui pourrait se résumer par «rien de ce qui imite la nature ne peut être complètement mauvais pour la nature»…  postulat dont la logique pourrait induire que «tout ce qui imite les tableaux de maitres est bon pour le marché de l’art».

En l’occurrence, la globalité de la nature se prête mal à une quelconque évaluation. Elle est seulement un “fait“ à prendre comme tel. Ses “grands équilibres“ ne sont dus qu’à l’inexistence en son sein de la morale et de l’éthique. Admettons la “sélection naturelle“ et il devient très facile d’obtenir un marché de l’emploi parfaitement équilibré et une pyramide des âges tout à fait optimale.

Mais surtout… le biomimétisme n’a strictement rien à voir avec la globalité de la nature.

Transposer une solution technique empruntée à la nature consiste à découper un sous-système, le plus souvent extrêmement réduit, pour répondre à un problème technique limité, qui ne concernera d’ailleurs généralement, qu’une partie d’un produit final. Un sous-marin reprenant les principes de l’hydrodynamique du dauphin peut parfaitement se réclamer du biomimétisme… mais fonctionner à l’énergie nucléaire… et lancer des missiles.

On lira à ce propos:

Le domaine pétrolier est souvent victime d’une mauvaise image auprès des défenseurs de la nature. Or, de nouvelles études inspirées d’organismes naturels pour l’amélioration des techniques de forage sont en cours … /…. C’est le cas des escargots et des palourdes dont le mode de déplacement a attiré l’attention du Professeur Anette Hosoi, à l’Institut de Technologie du Massachussetts

 

les effets collatéraux de l’approche philosophique

 

le biomimétisme comme besoin

 

Posé en philosophie et vu comme une osmose entre nature et technologie, le biomimétisme présente une dimension d’évidence dans l’association des contraires qui lui confère un statut de  “synthèse finale indépassable“. Il s’impose comme une “vérité“, là où on doutait de la possibilité d’en trouver une. De ce point de vue, il répond à un besoin… un besoin de “vérité“, central notamment dans l’essor des religions.

Posé comme tel, il peut faire l’objet d’une large adhésion… et de dangereuses dérives.

 

l’évidence et le principe de précaution

 

Vu sous un certain angle, dans le biomimétisme, le test du produit peut être considéré comme antérieur… à sa propre création.

La nature utilise un principe avec lequel nous cohabitons depuis toujours. Nous avons désormais les connaissances scientifiques nécessaires pour le reproduire. Quelles raisons peut-on invoquer pour ne pas le faire?

Raisonnement potentiellement convaincant… bien que fallacieux.

Sorti de son écosystème, un élément peut se trouver coupé des régulateurs qui limitaient l’influence de ses nuisances éventuelles. Les quantités mises en jeu peuvent être totalement différentes. L’imitation peut être fragmentaire, incomplète, insuffisante … etc…

 

les enjeux sous-jacents

 

L’acceptabilité des technologies à risque

 

Le biomimétisme arrive pour intégrer une problématique du vivant… juste au moment où on commence à savoir le manipuler en profondeur et où des technologies très “sensibles“ vont envahir tous les secteurs de la production.

Les nanotechnologies, la génétique, la géo-ingénierie sont des technologies émergentes par rapport auxquelles l’opinion serait, à priori, en position de rejet (à l’instar des OGM). Accommodés au biomimétisme, les produits de ces technologies pourraient devenir, non-seulement acceptables, (ce que nombre d’entre eux sont certainement), mais surtout “automatiquement acceptables“, raccourci beaucoup plus pernicieux.

Avec le biomimétisme, arrive “un auxiliaire de communication très puissant“, au moment précis où se manifeste le besoin urgent … “d’un auxiliaire de communication très puissant“.

 

au service d’une idéologie plus large

 

Non seulement le biomimétisme n’est pas intrinsèquement écologique, mais il contribue à la déconstruction de l’idée de nature, processus engagé de longue date (voir billets 01 & 02), mais qu’il va pousser jusqu’à son terme. La nature était devenue un “écosystème“, avec le biomimétisme, elle devient un simple “catalogue de solutions techniques“.

Débarrassée de ses écosystèmes, une nature en pièces détachées devient brevetable… elle fait son entrée en Bourse. Une voie supplémentaire de l’absorption par l’économie, de l’environnement, de l’écologie, du vivant.

En parallèle, il y en a d’autres. Le Monde Diplomatique de mars 2014)  évoquait, par exemple, la spéculation sur les catastrophes naturelles organisée par les compagnies d’assurance.

La particularité du biomimétisme: le cheminement y semble pavé de roses. Le loup y est déguisé en grand-mère.

 

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