L’écologisme semble s’être installé dans les esprits, mais juste assez pour ne plus apparaitre subversif, sans pour autant avoir profondément transformé les pensées.
Ni pensée dominante ni pensée révolutionnaire, qu’est devenu exactement l’écologisme… et pourquoi?
Écrasé par plus fort que lui? Oui… mais pas seulement.
les 7 péchés capitaux de l’écologisme
une position figée de lanceur d’alerte
L’écologisme a gagné ses lettres de noblesse comme lanceur d’alerte. Avec le rapport Meadows, la science se dressait face à la toute-puissance du capitalisme triomphant. Puis il a été établi que le réchauffement climatique – de plus en plus incontestable – avait pour origine l’activité humaine. Le GIEC est créé en 1988. Mais tout cela remonte à un demi-siècle . Un lanceur d’alerte n’en est un que lorsqu’il attire l’attention du plus grand nombre sur un risque peu ou mal connu. Nous n’en sommes plus là et l’écologisme en est réduit à donner une tribune aux propos les plus débiles ou les plus fourbes des climatosceptiques fanatiques pour justifier la persistance d’une activité de lanceur d’alerte, qui lui a donné une légitimité qu’il ne veut pas perdre, mais qu’il ne sait pas comment reconstruire sur d’autres bases.
Ainsi, mentionner le réchauffement climatique ne peut plus aujourd’hui faire l’économie de l’adjonction de la formule “d’origine humaine”, alors que là encore nous n’en somme plus là. Aurait-il une autre origine que nous n’en serions pas moins dans l’obligation de nous y adapter. La mention “d’origine humaine” suggère qu’il ne tient qu’à nous d’y mettre un terme… ce qui est évidemment faux (
voir). La maison ne s’arrête pas de bruler quand le pyromane éteint son briquet. Le réchauffement n’est pas dû aux gaz que nous dégageons, mais à ceux que nous avons “déjà” dégagés, et aux rétroactions qui en ont découlé. Quels que soient nos comportements actuels, ils ne vont pas empêcher les sécheresses, les canicules, les incendies. Ils ne vont pas recongeler les banquises et les glaciers. Ils ne vont pas réoxygéner les océans. Un des lanceurs d’alerte de la première heure, Dennis Meadows, l’a dit depuis déjà de nombreuses années: « Il est trop tard pour le développement durable ».
une pensée fondée sur des mythes
La planète, la nature, autant de mythes sur lesquels se fonde ce qui se voudrait “pensée globale”… elle-même sans doute illusoire.
“La
planète” est une image sans consistance réelle en matière d’environnement (
voir). Ainsi, “sauver la planète” n’a littéralement – à peu près – aucun sens. En outre, la planète n’a pas non plus de consistance politique. Rien pour y établir des règles ni pour les faire appliquer.
On objectera qu’il s’agit d’un slogan, c’est-à-dire de l’équivalent textuel d’un logo et qu’un logo n’a qu’une fonction de représentation. Certes, mais “la planète” n’en est pas moins déclinée bien au-delà.
Il en va de même pour “la
nature”, qui n’est même pas une image, mais une collection d’images d’Épinal mobilisables à la demande (voir “
peut-on “restaurer la nature?”).
Ainsi, il n’est pas étonnant de trouver dans la résolution européenne sur la restauration de la nature un panel assez hétéroclite d’actions subventionnables, même si certaines peuvent rendre perplexe comme l’intégration dans la problématique des espaces verts urbains, dont on est en droit de se demander dans quelle définition de la nature ils sont susceptibles de s’inscrire.
Il reste la problématique du climat. On ne peut contester que celle-ci s’inscrit à l’échelle planétaire. La planète posée comme mythe devrait-elle alors y entrainer le climat?
Ce qui peut s’assimiler à un mythe c’est l’idée “d’agir sur le climat”. Cet objectif n’est désormais plus accessible si tenté qu’il l’ait jamais été, surtout si l’on considère le poids des rétroactions qui alimentent d’elles-mêmes le réchauffement.
une dérive religieuse
La religion est ce qui peut faire durer très longtemps une pensée fondée sur des mythes, c’est même sa raison d’être. En ce sens, la dérive religieuse est indispensable à l’écologisme – du moins sous sa forme actuelle -. Elle consistera, comme dans toute religion à fonder les croyances – d’une part – sur la culpabilité individuelle et – d’autre part – uniquement sur des principes, sans aucune prise en compte des ordres de grandeur.
Or, tout est là.
(
*) Rien qu’en 2019, Saudi Aramco (société pétrolière saoudienne) a été responsable de l’émission de 1.93 milliard de tonnes d’équivalent CO2, soit plus de 4 fois et demie ce qu’a émis la France cette année-là.
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Entre fin 2015 et début 2019, les principales banques d’investissement internationales ont fourni près de 2000 milliards de dollars aux multinationales pétrolières, gazières et minières.
(Pour mémoire, le montant global des recettes de l’état français est de 1 501,6 milliards d’euros. (source : DG Trésor – Insee, 2024)
Et nous serions supposés sauver la planète… en faisant du vélo.
Or, c’est bien la non-prise en compte des ordres de grandeur qui nous a menés là où nous en sommes: la terre, le ciel et les océans, tellement immenses, sont apparus depuis toujours comme capables de tout absorber.
Faut-il refaire les mêmes erreurs en s’appuyant sur l’approche religieuse tel que le suggère la trop célèbre “
parabole du colibri”?
l’idéologie anti-humaine
Alors que l’écologisme sacralise toutes les créatures vivantes, l’humain est lui posé comme le mal absolu.
Prédateur universel, source de toutes les nuisances, pilleur de toutes les ressources, l’humain retrouve dans l’écologisme le statut de pêcheur que lui avaient conféré les religions… mais validé et quantifié par la science… et multiplié par sept, huit, neuf ou dix milliards. L’humanité n’est même plus un troupeau. C’est un nuage de sauterelles.
L’écologisme alimente la plus paradoxale des idéologies, celle qui mènerait l’humain à se doter d’une vision du monde rejetant sa propre espèce.
la technophobie
Quant à la dégradation massive de l’environnement, peut-on sérieusement imaginer la contrecarrer sans le recours à toutes les ressources intellectuelles et techniques disponibles?
Pour s’approcher d’un mieux, il va falloir être capable de s’extraire de l’un comme de l’autre.
le dogme de la préservation
“Préserver”: une bien belle idée qui s’applique cependant à très peu de choses (…peut-être aux marges bénéficiaires …) et surtout pas sur une échelle de temps pertinente pour notre propos. L’écologisme la mobilise à propos des écosystèmes. Préserver la biodiversité c’est essentiel bien sûr, mais …
Parmi toutes ces interactions intéressant l’écologisme, l’épicentre des incompatibilités paralysantes se situe dans la préservation des écosystèmes. Celle-ci empêche “tout” ou presque. Toute action sur l’environnement, de quelque nature qu’elle soit, affecte les écosystèmes existants… qui, on le sait, finiront par être transformés par leurs dynamiques propres et plus radicalement encore par le réchauffement climatique (voir “
peut-on “restaurer la nature?”).
Et à cette fin, on ne recule devant aucune incohérence. Préserver les écosystèmes, mais … importer des ours dans une région où il n’y avait pas… alors même que l’espèce est bien loin d’être en voie de disparition.
Les écosystèmes ont toujours été des entités en perpétuelle transformation. Que signifie dès lors “les préserver”? Et que signifie, dans ce domaine, un autre mythe, celui de la réversibilité de leurs évolutions? Un retour? Mais vers quoi ?
La question des écosystèmes compte parmi les plus difficiles. Cela signifie qu’elle s’accommode mal de l’hystérie. Elle ne pourra conduire qu’à des approches plus complexes que le “tout préserver partout”.
une relance offerte au capitalisme
La planète y a pour nom “mondialisation”. Elle ne dispose d’aucun pouvoir politique. Elle ne dépend dès lors que de celui des multinationales, dont le mantra “toujours plus” est ce que l’on peut imaginer de plus anti-écologique… ce qui devrait interdire l’idée même d’un “écologisme de droite”.
Alors que le capitalisme devrait être le principal – pour ne pas dire l’unique – ennemi de l’écologisme, celui-ci n’a de cesse de le relancer par le renouvellement permanent de la consommation, car on peut toujours trouver plus durable… que le durable. Le renouvellement du parc automobile est à cet égard un exemple plein d’enseignements.
comment en sortir?
À la suite de Thomas Kuhn et à l’instar des révolutions scientifiques, c’est à l’émergence d’un nouveau paradigme (d’autres principes, d’autres concepts) que le futur dans ce domaine va devoir s’en remettre.
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