pourquoi une crise de l’eau nous inquiète-t-elle aussi peu?

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Imaginez, une ville à sec…sans eau… du tout.

Boisson, nourriture, hygiène personnelle… évacuation des eaux grasses, nettoyage des rues… puanteur…ambiance de guerre civile… émeutes… incendies … ultimes réserves mises à sac… trafic d’eau non-traitée… maladies …marées humaines en direction des campagnes …

mais nous n’avons pas peur

Pourtant…
Le CapSao Paulo – Bangalore – Pékin – JakartaMoscouIstanbulMexico … Plus près de nous, LondresBarceloneRome… La liste des villes connaissant, ayant connu, ou sur le point de connaitre des épisodes graves de sous-alimentation en eau s’allonge inexorablement. Tantôt problèmes spécifiquement urbains (entretien des réseaux), tantôt problèmes régionaux comme ceux déjà connus en Floride ou en Californie, ou plus larges encore comme en Australie, dans la vallée du Nil (Égypte, Soudan, Éthiopie), ou au Chili, voire au Japon.
Le réchauffement climatique, l’augmentation de la population et de sa consommation directe et surtout indirecte (par l’agriculture) offrent pourtant de très sombres perspectives

 

(*) Si parallèlement la tendance actuelle à l’augmentation des prélèvements en eau se poursuit, entre la moitié et les deux tiers de l’humanité devraient être en situation dite de stress hydrique en 2025.
En outre:

 

(*) Dans un scénario où les mesures d’adaptation au changement climatique ne seraient pas effectives, 500 millions d’Européens pourraient être concernés par le stress hydrique.

quelques facettes du problème

Non seulement nous n’avons pas peur, mais un maire aurait sans doute beaucoup de mal à être réélu s’il consacrait une part importante de ses recettes fiscales à l’amélioration de son réseau d’eau, au lieu de faire des choses… “vraiment utiles (?)” comme “installer des caméras de surveillance”, “faire des pistes cyclables”, “planter des arbres” (… qui, en outre, consomment de l’eau).
  • Or, les fuites dans le réseau de distribution comptent parmi les problèmes les plus aigus dans ce domaine (20% en moyenne de perte en France… 45% à Rome… jusqu’à 70% au Caire ou à Mexico).
  • Le second problème est celui de la pollution des eaux. Des sources officielles nous le disent, pour la France, pays “préservé”: «en 2013, 48,2 % des eaux de surface et 67 % des eaux souterraines sont en bon état chimique»… ce qui signifie que la moitié des premières et le tiers des secondes… ne le sont pas.

 

Environ 55%* de la surface agricole est classée en zone vulnérable concernant les nitrates. Dans les régions où l’activité agricole est la plus importante, 92% des points de mesure dans les cours d’eau et 70% des points de mesure dans les eaux souterraines sont touchés par les pesticides.
  • Autre approche, autre problème: pompages profonds, désalinisation, potabilisation, acheminement… pour des usages agricoles, industriels, domestiques:

 

Le poids croissant des consommations énergétiques nécessaires pour mobiliser, traiter, distribuer l’eau pour ses différents usages remet en cause la sécurité énergétique de plusieurs régions du monde.
Tout cela se passe la plupart du temps loin de chez nous, c’est sans doute la raison pour laquelle nous n’avons pas peur. Pourtant:

 

20 avril 2020: La France fait déjà face à des niveaux de sécheresse inquiétants!
Nous sommes aujourd’hui tout à fait sensibilisés aux émissions de CO2, mais pas à la question de l’eau. Ainsi, les serveurs des géants de la Tech sont régulièrement mis en cause sur le premier point, rarement sur le second. Alors que selon une enquête de Bloomberg (*)

 

En 2019, les data-centers de Google de trois états américains ont consommé environ 8,7 milliards de litres d’eau

pourquoi n’avons-nous pas peur?

Ce rapide survol suffit à montrer que nous aurions toutes les raisons d’être inquiets, pourtant nous avons beaucoup de mal à l’être.
Faut-il alors raccorder le problème à des peurs existantes?

 

(*) 40 % de la population mondiale est établie dans les 250 bassins fluviaux transfrontaliers du globe. Autrement dit, toutes ces populations se trouvent dans l’obligation de partager leurs ressources en eau avec les habitants d’un pays voisin.
Ajoutons les conflits particuliers liés à la gestion de l’eau: ici ou . Il en découle des promesses de nouvelles guerres et par là … de nouveaux flux de migrants.
Çà ne suffit pas?
Pensons alors aux actions terroristes appliquées à l’eau: pollution bactériologique, bien sûr, mais aussi attaque informatique, comme ce fut le cas récemment pour le réseau d’eau israélien .
Décidément, çà ne suffit toujours pas.
En fait, la question de l’eau nous renseigne sur la façon dont opère la peur dans nos sociétés. On le voit, les arguments rationnels ont peu d’impact. La seule peur socialement perçue semble ne pouvoir être que la dernière en date de celles que nous avons effectivement éprouvées. Celle des virus vient de remplacer celle du terrorisme. La société a besoin d’avoir connu un problème pour savoir qu’il existe… et suffisamment récemment pour ne pas encore l’avoir oublié.

D’où une conclusion démoralisante: aucune catastrophe ne sera jamais anticipée.


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