Pourquoi la justice n’est-elle pas robotisée?

Pourquoi la justice n’est-elle pas robotisée?

Classé dans : 2/ idéologies du futur | 1

Techniquement parlant, la justice est tout à fait robotisable. D’ailleurs, elle l’est déjà… pour certaines infractions routières. Mais pourquoi n’est-ce pas généralisé?  Quoi de plus simple que de mettre dans la mémoire d’une machine l’ensemble des délits, l’ensemble des lois, les différentes jurisprudences et toute l’histoire des circonstances atténuantes ou aggravantes depuis l’aube de l’Humanité? À partir de là, quoi de plus trivial que de mettre en relation des délits et des sanctions? N’est-ce pas plus simple que de «fabriquer du vivant»?

L’exemple du robot-juge

 

 

La justice serait-elle moins bien rendue ?

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Un premier élément de réponse réside dans les allégories dont on se sert pour la représenter (w)

De manière générale, le glaive symbolise le pouvoir de la justice qui tranche les problèmes et litiges, la balance représente la justice qui pèse le pour et le contre (principe de contradiction juridique), enfin, le bandeau lui couvrant les yeux est un symbole d’impartialité.

Quoi de plus adapté qu’une intelligence artificielle pour satisfaire cette triple exigence?

Et ce n’est pas tout.

Des débats récurrents animent depuis longtemps des questions comme la présence de jurés non professionnels supposés être facilement manipulables par les professionnels du droit. Un robot ne serait manipulé par personne.

Les tribunaux sont surchargés et acculés à faire une justice « d’abattage » par manque de moyens. Les délais d’instruction deviennent considérables et produisent, en eux-mêmes… de l’injustice (lien)

Le fonctionnement actuel de la justice entraîne «des délais d’audiencement – le temps entre la fin de l’enquête et la date du procès – qui sont beaucoup trop importants, jusqu’à 18 mois dans certains départements»…/… Il y a également une pratique qui consiste, dans certaines juridictions, à requalifier un crime en délit, par exemple un viol en agression sexuelle, pour qu’il puisse être jugé plus rapidement, non pas par une cour d’assises, mais par un tribunal correctionnel». Il en résulte une «inégalité des accusés et des victimes» devant la Justice, car selon la juridiction, un même fait peut conduire devant une cour d’assises dans certains départements ou devant un tribunal correctionnel dans d’autres.

Un robot travaillerait vite et… sans doute bien.

Quels enseignements pour la prévision?

 

 

Le robot est insensible: on lui suppose donc une extrême sévérité. Avoir affaire à un robot-juge donne froid dans le dos. Il est l’icône du totalitarisme de science-fiction. Mais le robot est fort, invulnérable, il a réponse à tout. Nous admettrions facilement l’idée d’être défendu par un robot-avocat. Cela est d’autant plus paradoxal qu’en terme strictement fonctionnel de rendu de la justice… c’est la même chose… puisque le robot-juge «contiendrait» en mémoire tout ce qui pourrait être présenté par le robot-avocat pour notre défense.

Mais, le concept de justice est depuis toujours attaché à l’idée de sagesse… qu’on associe mal au robot.

On le voit, l’idée du futur fonctionne beaucoup sur les connotations qui sont attachées aux composants que l’on manipule… aujourd’hui.

La robotisation de ce domaine apparait beaucoup plus facile que celle de nombre d’emplois industriels qualifiés. Une justice robotisée pourrait supprimer une grande partie des emplois de la Magistrature, avocats compris, et ce, sans réduction notable de la qualité du service. Pourtant, cette idée prendra mal dans l’opinion, les emplois socialement valorisés, comme le sont ceux-ci, étant toujours perçus comme très complexes… à plus où moins juste titre.

Qui, dans la sphère politique, appellerait de ses voeux une justice qui interdirait toute prise en compte de privilèges?Les politiques et les puissants s’opposeraient donc à une justice robotisée. Pourtant, celle-ci pourrait tout à fait fonctionner comme une justice de classe. Il serait facile d’inventer des procédures d’appels suffisamment coûteuses pour qu’elles soient, de fait, réservées aux catégories sociales supérieures. Ainsi, l’idéologie peut amener même les gagnants les plus probables d’une évolution… à s’y opposer.

On le voit, l’idéologie n’est pas une force univoque, mais un système complexe de préjugés et de connotations, agissant à différents niveaux.

Une futurologie fondée sur les technologies se focalise d’elle-même sur la dimension fonctionnelle des possibles. L’exemple du futur de la Justice montre que cette dimension peut, à la limite, ne jouer aucun rôle face aux idéologies. Il montre également qu’il y a loin entre l’idée d’une chose et sa mise en oeuvre (voir aussi). Or,  c’est sur «l’idée des choses» que fonctionne traditionnellement la futurologie… mais sur les mises en oeuvre effectives que fonctionne l’évolution.

One Response

  1. Willy Santilli

    Il y a l’herméneutique: la « verité » judiciaire n’est pas le resultat de l’application d’une méthode, mais si d’un procèss mediatisé par la participation des intéressés. Avoir une « voix » est si important qu’obtenir un résultat raisonable. Nous sommes hors du numérique!

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