penser le futur à partir de l’idée de renouveau

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La pression exercée par les préoccupations environnementales remet au goût du jour une des grandes disparues de la pensée du futur: l’idée de renouveau.

Or, il apparait à l’analyse que le caractère très équivoque de cette notion cache une certaine subtilité et au bout du compte une réelle utilité.
Pourquoi équivoque?
  • En premier lieu parce que seul l’optimiste en appelle au renouveau à une époque où tout s’entête à nous pousser vers le chaos et où tend à s’imposer une première maxime: «Seul espère celui qui n’a pas la force de dire oui à ce qui est ».
  • En second lieu parce que nous nous étions habitués à adhérer à une pensée du futur dont les références et les concepts nous “propulsaient vers l’avant”. Or, le renouveau serait indiscutablement un concept futurologique, mais qui en appellerait à une forme de retour.
  • Enfin parce que «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme» – et que le renouveau demeure une transformation – ou plus exactement un point de vue sur une transformation -. Il complète en même temps qu’il contrarie l’idée de tendance qui règne sur la futurologie
L’idée de renouveau offre donc du rêve autant que du tangible, une transformation des habitudes de pensée et peut-être une autre forme de rationalité.

de l’ambiguïté du renouveau


  • «Renouveau» n’est pas «nouveau». Contrairement au second terme, le premier s’applique à quelque chose de connu, mais que l’on imagine pouvoir se reconstruire différemment à la suite d’une phase de déclin, voire d’extinction. Le fait qu’un phénomène ait pu exister, même sous une autre forme, valide la possibilité de son retour. Par ailleurs le renouveau est perçu comme plus global et plus profond que la simple nouveauté qui peut n’être qu’anecdotique. On ne s’en sert d’ailleurs le plus souvent que pour mettre l’accent sur la “profondeur” d’un changement.
  • «Renouveau» n’est pas «renouvellement». Prenons l’exemple de la problématique environnementale. On y évoquera le renouveau au niveau des pratiques, des besoins ou des comportements, quand le renouvellement – au travers de la notion de “renouvelable”- sera appliqué à l’énergie, aux ressources… à l’économie “circulaire” (qui dit bien ce qu’elle veut dire). Le renouvellement s’entend comme une reconstruction “à l’identique du présent”, le renouveau comme apparenté à un “identique du passé”.
  • «Renouveau» n’est pas «utopie». Ils sont liés dans l’imaginaire ainsi que par un présupposé de nouvelles règles de fonctionnement, mais le second terme renvoie à un ordre explicite supposé figurer un idéal, quand le premier a le statut d’une promesse, dénuée de contenu tangible. Il n’y a pas “d’état final” attaché à l’idée de renouveau. Celui-ci exprime la reformulation d’un mouvement. C’est en cela qu’on peut le rapprocher de l’idée de tendance.

renouveau et tendance


L’abstention croissante lors des élections peut être comprise comme une tendance ou comme l’annonce d’un futur renouveau de la démocratie. Rien n’est dit de ce que celle-ci deviendra, sinon que sa transformation se devra d’être profonde… bien qu’insuffisamment cependant pour en changer le nom. “Renouveau” signifie qu’on changera … très profondément … pas tout.
  • «Renouveau» n’est pas «tendance». Une tendance s’appuie sur des constats explicites, voire quantifiables. Le renouveau est hypothétique et non quantifiable. Dans tous les secteurs de la vie sociale actuelle se trouve consolidée la “dictature” de la tendance par ce que produit en continu le recueil massif de données. Un pronostic de renouveau relève d’hypothèses plus subtiles, plus créatives et plus complexes.
  • «Renouveau» n’est pas «tendance»… mais un peu quand même. Le renouveau peut se présenter sans autre argument que celui de la simple nécessité, lorsque la poursuite d’une tendance ou d’un certain mode de fonctionnement n’est pas jugée tenable dans la durée (… «il faudra bien que d’une façon ou d’une autre…»…etc…). D’ailleurs, il s’agit là de son expression la plus actuelle, évoquée ci-dessus à propos de démocratie ou d’environnement.
Le concept de renouveau constitue une autre façon d’approcher la controverse concernant les tendances, celle qui oppose l’approche de Malthus appuyée sur les fonctions exponentielles et celle de Verhulst étayée par les fonctions logistiques (voir «tendances & métamorphoses: le modèle du vieillissement»).
Le renouveau invite au voyage vers une indétermination. Ce qui induit qu’il existe davantage par ce qu’il termine que par ce qu’il promet. En cela, il ne participe à la prévision qu’en tant que casseur de tendances.

les difficultés du renouveau


  • Le renouveau est une hypothèse. Il sera toujours difficile d’y faire la part du vœu pieux, de l’acte de foi et du pronostic raisonné.
  • Caractériser un renouveau, vu comme un rapprochement d’ancien et de nouveau, oblige à formuler des hypothèses non seulement sur ce qui va changer durablement, mais aussi sur… ce qui a vocation à durer… ce qui est largement aussi difficile que de prévoir des changements.
  • Imaginons que des puces, accolées à des messages papier permettent, en incorporant de “l’intelligence” dans ce format, de lui ouvrir des possibilités nouvelles. Faudra-t-il parler alors de renouveau à l’échelle du timbre, de la poste, du papier, du message, de la communication… etc. Un renouveau n’est viable que s’il est correctement positionné dans l’échelle des processus comme dans la terminologie. À priori, dans l’exemple choisi, on parlera sans doute de “nouveauté” à l’échelle du timbre et de renouveau aux échelles supérieures. Le point d’accroche exprimera le périmètre envisagé d’un futur “contexte”.
  • Si discrète que puisse être son entrée dans les pratiques, le renouveau n’en sera un que dans la mesure où il aboutira à une nouvelle façon de penser. Un renouveau effectif correspond à ce que l’on a coutume de nommer un changement de paradigme. Les tendances précédemment constatées y trouvent un autre sens ou un poids différent.

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