Internet est-il apte à la survie? – (1) l’outil

Classé dans : à partir de la communication | 0

Entré dans l’âge adulte grâce au web et au courrier électronique il y a moins de vingt ans, Internet est encore très jeune.

De ce fait se pose la question de son aptitude à la survie, et ce, même s’il est devenu une évidence et une disparition impossible à imaginer, au même titre que l’air qu’on respire.

en 20 ans, Internet a déjà beaucoup changé


En 2005, selon Cisco, la consommation de vidéo en streaming sur Internet ne représentait que 3% de la bande passante… contre 80% en 2020. Le confinement aidant (*):
Au second trimestre 2020… 33 milliards de nouvelles applications ont été téléchargées dans le monde …/… Dans l’ensemble, le bondissement de téléchargements se concentre sur quelques domaines : les jeux, le divertissement, et les applications de photographie et de vidéo.
Papotages et bavardages se partagent l’essentiel du reste. Internet n’est plus l’indépassable encyclopédie à disposition du plus grand nombre que nous promettait son utopie initiale, mais un simple outil de divertissement, comme le fut avant lui, un autre vecteur présumé de connaissances: la télévision. Formellement, cette encyclopédie ouverte sur le monde existe toujours, mais elle ne dispose plus aujourd’hui que d’une entrée unique ou presque (*): en septembre 2020, 93% des recherches sur la toile s’effectuaient par l’intermédiaire de Google. Et sous cet angle, aussi, la métamorphose a été spectaculaire:
(*) Au début de son existence, Google se voulait un outil descriptif: “si une page est importante, alors elle figure en tête du classement”. Son écrasant succès a fait de Google une référence normative: “si une page figure en tête du classement, alors elle est importante”.
Pour avancer dans la compréhension de cette mutation, on peut, bien sûr, explorer les 200 critères d’évaluation de Google, ceux dont les mises à jour alimentent les conseils en optimisation de référencement. Mais cela ne nous mènerait qu’à la certitude qu’il est impossible que le poids d’une majorité de ces critères soit autre chose qu’anecdotique et qu’il vaut mieux s’en remettre à une approche plus globale de type philosophique, telle que la présente Google lui-même. Ses classements s’appuient sur l’acronyme EAT – Expertise – Autorité – Trustworthiness (Fiabilité) -. On ne saurait évidemment lui reprocher ni le “E” ni le “T”. Le “A” peut par contre faire débat.
(*) “Faire autorité”: s’imposer comme règle, avoir force de preuve, servir de base aux recherches.

Le “A” signifie que sont privilégiées les sources qui font déjà l’objet d’une forte reconnaissance sociale. Si l’on ajoute à cela que l’immense majorité des utilisateurs se limite à la première page du moteur (chose qu’évidemment Google n’ignore pas), que celle-ci offre une place généreuse aux liens sponsorisés, et que les autres liens sont donc ceux qui “font autorité” (le “A”), on obtient, dissimulée derrière une profusion apparente, la représentation numérique de la pensée unique. Notoriété, confiance, le respect de ces valeurs amène Google à apporter toujours plus de liens à ceux qui en ont déjà beaucoup, à augmenter d’autant plus l’audience qu’elle est déjà forte.

Question: le recours à une encyclopédie est-il nécessaire pour s’inscrire dans la pensée unique?

Ajoutons à cela (*)
La part du mobile a connu une croissance particulièrement importante entre 2019 et 2020 : 92% des internautes se sont connectés à Internet à partir de leur mobile.

De quelle connaissance le mobile est-il l’outil? Le “clic” sur un lien, bien que geste simple, n’en relève pas moins d’une intention. Le balayage par le doigt d’une liste de liens potentiels sur un écran de smartphone tient autant du tic nerveux que de l’exploration. Le doigt parcourt des liens qui… “auraient pu être cliqués”. Une version high-tech de la machine à “fabriquer du rien”.

En outre, la vitesse à laquelle les robots réalisent des opérations de plus en plus sophistiquées prédispose à certaines dérives. Ainsi en va-t-il de la description de nos pages dans les listes de résultats (dites “méta-descriptions”), que généralement nous écrivons, mais que Google réécrit … dans 63% des cas.
Facebook va interdire les messages niant ou minimisant la Shoah. Les gens qui recherchent des termes associés à l’Holocauste ou au négationnisme seront redirigés vers des sources fiables.
On ne peut évidemment que se réjouir de voir les GAFA éliminer les pages qui font l’apologie de l’antisémitisme, du racisme, du terrorisme, de la haine ou de la pédophilie… mais ce qui s’applique à celles-ci… peut s’appliquer à n’importe quelle autre (Facebook vient d’annoncer l’interdiction des messages anti-vaccins). D’où des migrations massives à attendre vers… des “sources fiables”… dit autrement, les classées “A”… les mêmes que celles vues plus haut.
Un moteur comme Google gère donc à la fois la présence ou l’absence ainsi que la présentation des contenus. Or ces paramètres déterminent ses propres bénéfices. Son modèle économique fait que son intérêt est de publier les pages qui gagnent de l’argent, dans la mesure où celles-ci sont les plus enclines à payer cher pour être bien positionnées.

en guise de conclusion provisoire


Que reste-t-il de l’encyclopédie initiale?
Peut-on imaginer y revenir?
Non.
Si Internet survit, ce ne sera pas sur la base de ce qu’il promettait à sa naissance. Un glissement inexorable s’opère depuis l’encyclopédie vers le journal de petites annonces.

Par ce premier volet du futur d’Internet se trouve alimenté, une nouvelle fois, le propos du billet précédent.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *