nanotechnologies: leurs risques sont-ils “connaissables“?

nanotechnologies: leurs risques sont-ils “connaissables“?

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Les nanotechnologies n’ont pas inventé les nanoparticules. Celles-ci sont déjà largement disséminées dans notre environnement (le diesel, par exemple, en produit beaucoup). Sur les lieux de travail, une étude de 2004 estimait déjà qu’en Angleterre, un million de travailleurs étaient potentiellement exposés à des particules ultra-fines dans le domaine des technologies conventionnelles. Les nanotechnologies n’ont donc pas inventé les nanoparticules, mais elles vont leur impulser un élan inédit.

Rapport au Conseil de l’Europe (17 janvier 2013)

Les scientifiques et les gouvernements reconnaissent que l’application de la nanotechnologie au commerce s’accompagne de risques potentiels importants pour la santé humaine et l’environnement, mais que ces risques ne sont pas connus.

Les risques liés aux nanotechnologies ne sont donc pas connus… mais sont-ils “connaissables“?»

 

les spécificités des nanotechnologies

 

l’infinité des éléments (source)

La possibilité de contrôler et manipuler la matière à l’échelle atomique ouvre la voie à la fabrication de matériaux en mode bottom-up, c’est-à-dire du bas vers le haut, quasiment atome par atome. Cependant, si l’on couple le nombre de briques élémentaires disponibles (la bonne centaine d’éléments chimiques connus) avec la quantité de structures qu’il est possible d’inventer, le nombre de nouveaux matériaux disponibles est infini.

Peut-on gérer les risques associés à une quantité infinie de matériaux différents?

Variabilité des comportements (source CEA):

Le monde nano est à l’interface du monde quantique et du monde macroscopique. Ses lois sont parfois celle de la physique classique…/… et parfois celle de la physique quantique.

L’instabilité d’état (source: Ministère de l’Écologie et du développement durable – comite de la prévention et de la précaution – Nanotechnlogies-nanoparticules – Quels dangers, Quels risques – mai 2006 -)

Une difficulté dans l’analyse des effets des nanoparticules manufacturées vient de leur instabilité. Entre le moment où elles sont générées et celui où elles entrent en contact avec l’homme, deux phénomènes difficiles à contrôler (car peu reproductibles) dans les modèles expérimentaux, peuvent se produire :

l’agrégation ou l’agglomération des particules entre elles, modifiant la distribution granulométrique des échantillons ;

• l’adsorption de substances chimiques présentes dans les milieux où sont préparés et utilisés les particules testées (atmosphère, milieu de culture cellulaire …) en raison de la grande réactivité de surface qui caractérise les nanoparticules indépendamment de leur composition initiale.

Il est donc très difficile de reproduire, non seulement un phénomène, mais également un test précédemment réalisé.

l’action catalytique (w)

Un catalyseur provoque entre des corps chimiques une réaction qui n’aurait pas eu lieu sans lui, alors qu’il ne participe pas lui-même à la réaction. La catalyse constitue une voie d’exploitation reconnue pour les nanotechnologies, on la retrouve d’ores et déjà dans de multiples applications.

Mais dans quelle mesure un catalyseur peut-il être identifié quand il agit accidentellement?

les interactions au vivant (w):

De nombreux nanomatériaux sont reconnus comme toxiques pour les tissus humains et les cellules en culture…/… Contrairement aux particules plus larges, les nanomatériaux peuvent être absorbés par les mitochondries et par le noyau cellulaire. Des études ont démontré, la possibilité pour les nanomatériaux de causer des mutations de l’ADN et d’induire des changements majeurs.

Les nanotechnologies sont particulièrement attendues en médecine où elles permettront de connaître et de soigner des maladies aujourd’hui incurables… ce qui les suppose “très actives“ sur le vivant…pour le meilleur, mais évidemment aussi pour le pire.

 

Chacun de ces paramètres nous parle d’infini. C’est de “plusieurs infinis“ dont nous parlent:

• leurs combinaisons possibles

• leurs interactions avec les éléments pathogènes existants (radioactivité, particules fines, polluants chimiques…)

• leurs interactions avec des pathologies existantes (virus, allergies, insuffisances diverses …)

• … etc

D’où le retour à la question: «les risques associés aux nanotechnologies sont-ils connaissables ?»

 

Que peut-il se passer ?

 

scénario 01: l’apocalypse

Dans ce domaine, l’apocalypse se présente sous l’énoncé de la prophétie de Drexler (w)

…de telles technologies capables de se reproduire ou du moins de se répliquer par elles-mêmes pourraient être tout simplement cataclysmiques puisque, par exemple, des bactéries créées dans un quelconque intérêt commun pourraient se répliquer à l’infini et causer des ravages sur la flore, mais aussi sur la faune et même sur l’humanité.

Les prédictions apocalyptiques sont toujours assez difficiles à commenter, hormis pour souligner que les futurologues les aiment beaucoup (voir «pourquoi les futurologues ont-ils besoin du totalitarisme?») et que les apocalypses (ou ce qui s’en rapprochait pour des peuples en situation) ne se sont pas toujours présentées là où on les attendait.

Ce cataclysme une fois posé comme possible (il le faut bien), que peut-il se passer d’autre?

 

scénario 02: la marche dans le noir

Certaines molécules dont la toxicité sera établie seront interdites. Bien. Mais ensuite?

L’infinité des interactions possibles entre éléments aux états variables va provoquer à coup sûr une multiplication de phénomènes sanitaires ou environnementaux aléatoires, plus ou moins identifiables, quantifiables, durables, aux causes incertaines et aux effets difficiles à délimiter… parfois graves, parfois bénins, parfois immédiats, parfois différés.

Un risque est une mise en relation, avérée ou supposée, de causes et d’effets. Que ce passe-t-il quand les relations de causalité deviennent impossibles à établir, parce qu’elles sont issues d’une combinatoire très complexe, qu’elles sont donc incertaines… et “évidemment contestées“ ?

Que se passe-t-il lorsque la possibilité même de “la preuve“ disparaît, pour la simple raison qu’il est impossible de reproduire, non seulement les conditions d’un phénomène, mais les conditions mêmes d’un précédent test (voir ci-dessus)?

L’asymétrie va devenir la règle: l’action curative des nanotechnologies pourra être prouvée, leur toxicité… presque jamais.

Que devient alors le “principe de précaution“… et doit-on renoncer à sauver des vies de façon certaine (les nanotechnologies le pourront) au nom de risques destinés à rester hypothétiques… si la preuve n’existe plus ?

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