données personnelles (2): au-delà des émotions & personnalités

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Dans la prévision des comportements, le recueil des émotions amène à complexifier l’individu, alors que l’approche par les personnalités viserait à le simplifier.

L’évolution dans ce domaine va devoir composer avec un paradoxe:

  • D’une part une marche vers la simplification semble inéluctable. Les données personnelles vont devenir de plus en plus difficiles à gérer de façon homogène et utile, même pour les machines, face à des cryptages plus sophistiqués, une adaptation des individus, des exigences de résultats croissantes et des pressions sur les coûts. En suivant la logique exprimée par le billet précédent, on peut ainsi miser sur un essor de l’approche des comportements par les personnalités… à la manière des profilers de nos romans policiers.
  • D’autre part, les outils d’exploration sont désormais tous orientés vers le traitement de grandes masses de données. Or comme l’a dit Abraham Maslow: «Si le seul outil dont vous disposez est un marteau, vous tendrez à voir chaque problème comme un clou».
La compatibilité de ces deux processus devrait logiquement amener à contrebalancer la simplification de l’un par la complexification de l’autre. Les personnalités ne vont sans doute pas pouvoir demeurer le catalogue un peu simpliste qu’elles sont depuis toujours.

personnalité: vers la fin d’un paradoxe multimillénaire


la personnalité comme spécificité de l’individu

(*) Aujourd’hui l’idée générale qui ressort des différentes visions de la personnalité est qu’elle est l’ensemble des comportements qui constituent l’individualité d’une personne. Elle rend compte de ce qui qualifie l’individu: permanence et continuité des modes d’action et de réaction, originalité et spécificité de sa manière d’être. C’est le noyau relativement stable de l’individu.
Cette approche aurait dû faire émerger la notion d’identité, dont la complexité a été survolée dans un billet précédent (“l’identité: les futurs avatars d’une énigme philosophique”) . Or, la notion de personnalité est surtout exploitée pour modéliser les individus, c’est-à-dire, en fait, pour … nier leurs spécificités.

la personnalité comme typologie

Les tests de personnalité, encore très actuels, sont les héritiers d’une longue tradition issue de l’Antiquité et encore très active au Moyen-Âge
(*) Selon la théorie des humeurs, le corps est constitué des quatre éléments fondamentaux, air, feu, eau et terre possédant quatre qualités : chaud ou froid, sec ou humide.
Soit 8 types de personnalités.
On se rit aujourd’hui de la balourdise des traitements qui pouvaient en découler, alors qu’un schéma d’analyse similaire, bien qu’appuyé sur des notions différentes, se retrouve… chez Jung, toujours pour 8 types, dans le Myers Briggs Type Indicator, pour 16 types, dans le Big Five  (dit modèle OCEAN) pour 5 types, dans le modèle HEXACO  pour 6 types… etc…
Depuis toujours, la personnalité s’exprime ainsi au travers d’une “arborescence courte” (1 ou 2 niveaux), ceci afin de s’inscrire entre deux exigences contradictoires: différencier des catégories, mais aboutir à une typologie suffisamment simple pour rester utilisable par l’humain. Or, pour ce type de tâche, celui-ci est appelé à être remplacé par la machine.

re-complexifier la simplification


Comment vont être approchées les personnalités à partir des émotions? Sans doute comme vu dans le billet précédent à partir de la fréquence à laquelle elles sont ressenties par l’individu. Ce qui peut se représenter comme suit à partir de la roue des émotions:
La personnalité d’un individu s’exprimerait par une transformation de la roue de base
L’approche des personnalités à partir des émotions amènerait à rompre avec leur stabilité et à les démultiplier en fonction des contextes (professionnel – domestique – en vacances – avec ses enfants – dans des activités sportives… face à une situation critique …).
Cela rejoindrait une hypothèse précédente énoncée à partir d’un autre fil conducteur:
L’identité est en voie de devenir quelque chose d’éphémère alors qu’elle était supposée précisément incarner… le contraire.

personnalités & contrôle social


Les émotions permettant de redéfinir les personnalités et de les fragmenter selon les contextes permettraient ainsi l’approche… des contextes. Or le suivi des contextes constitue l’essence même du contrôle social.

Lorsqu’un nombre significatif de personnes verraient leur spectre émotionnel se déplacer dans la même direction, cela signifierait … qu’il se passe quelque chose… dans un pays, une ville ou un quartier, dans un secteur de l’entreprise… à certains moments… à certaines saisons … etc. La base active du traitement massif et le recoupement avec d’autres indicateurs permettraient de savoir, assez rapidement la nature de … “ce quelque chose qui se passe”.

D’objet initial du suivi, l’individu serait rétrogradé au simple rôle d’émetteur d’émotions. Ce qui est perçu comme ce qu’il y a de plus inaccessible dans humain, à savoir “le sensible”, deviendrait le principal indicateur statistique du contrôle social.

La part de science-fiction de ces hypothèses tient au fait qu’elles supposent, “dans l’idéal”, un suivi vidéo quasi constant des individus, ce qui semble peu réaliste pour l’instant. Mais techniquement, ce recueil pourrait être actif chaque fois qu’une caméra nous regarde (il y en a de plus en plus) et chaque fois que l’on regarde… un écran, c’est-à-dire… souvent. Nous n’y sommes pas encore, mais aujourd’hui, les choses vont très vite.

retour sur les pratiques actuelles


Le contrôle social pourrait donc être révolutionné par cette évolution du concept de personnalité… ce qui n’empêcherait pas la poursuite de ses utilisations actuelles (études d’impact, campagnes électorales, recrutements…). Le brevet de “scientificité” donné par le recueil massif des émotions devrait même induire une grande confiance des décideurs dans cette nouvelle approche.

Ainsi, dans un futur sans doute assez proche, si votre candidature à un poste est refusée de façon inexplicable, ce sera sans doute parce qu’un individu présentant un profil de personnalité proche du vôtre aura commis quelque chose de répréhensible. Le phénomène aura d’ailleurs toutes les chances de se reproduire. Personne ne sera en mesure de vous expliquer pourquoi: c’est une intelligence artificielle qui aura tranché…

… sauf évidemment quand votre candidature aura été recommandée… mais c’est, bien sûr, un autre débat.


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