GPS, IA… sommes-nous voués à être de plus en plus assistés?

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L’assistance d’aujourd’hui et de demain, c’est l’IA. Pas le pilier de la science-fiction – l’autre – celle du quotidien, supposée plus simple. L’IA en mode mineur.

Pourtant, le futur de cette IA de la grande consommation est bien aussi délicat à appréhender que celui de l’IA de pointe, car il met en oeuvre des interactions d’un tout autre ordre.
Les IA ont en commun la gestion de bases de données généralement complexes, mais pas toujours. Derrière ce concept quelque peu nébuleux, évoqué chaque fois qu’est mobilisé un quelconque automatisme piloté par un quelconque algorithme, se cachent des principes de natures sensiblement différentes. D’un côté, un recul ininterrompu des possibles qu’on nous annonce tous les jours dans les secteurs de pointe et de l’IA générative notamment rédactionnelle et graphique, de l’autre les chatbots de nos sites marchands, compagnons de route de tous nos achats, dont nous avons appris à apprécier… l’inutilité.
Le futur de l’IA en mode mineur sommeille peut-être derrière le paradoxe d’une assistance qu’on nous impose de plus en plus alors même que nous sommes de moins en moins aidés quand nous en avons réellement besoin.
L’exemple suivant nous éclaire peut-être aussi sur le futur de cette IA de la grande consommation:
La firme de Cupertino teste activement une fonctionnalité qui permettrait à Siri de traiter plusieurs requêtes dans une seule commande vocale. Un utilisateur pourrait demander en une phrase de consulter la météo, de créer un rendez-vous dans son calendrier et d’envoyer un message à un contact.
Mobiliser d’énormes ressources de programmation pour un gadget de ce genre évoque quelque chose qui ressemble à une limite. Il semblerait qu’il devient difficile d’inventer encore dans ce domaine.

l’idée de normalité

L’IA, construite sur les dominantes statistiques, souffre des ambiguïtés de la notion de “normalité”. Le normal vu par l’IA ne s’oppose pas à l’anormal ou au pathologique, mais au “particulier”. Or, toute normalité contient en elle-même une parcelle de “particulier”. C’est un ensemble de comportements dont le centre fait consensus, mais dont la périphérie reste floue.
Préparer un repas signifie à peu près la même chose pour tout le monde, mais on peut le faire en ayant recours à des instruments plus ou moins élaborés, de façon plus ou moins intuitive ou en suivant pas à pas une recette, attaché à son téléphone, en écoutant de la musique, en surveillant des enfants … etc. Toutes ces variables s’inscrivent, au sens large, dans la normalité, et ce seront le plus souvent les situations créées par ces particularités qui appelleront une assistance. Celle-ci n’aura souvent que peu d’intérêt dans le “cœur” de l’activité, généralement bien maitrisé par l’usager. C’est pourtant celle-ci qui sera le plus souvent prise en charge par l’IA… et pas celle, plus particulière, qui correspond aux réels besoins.
Nous retrouvons là l’inutilité bien trop fréquente des chatbots de nos sites marchands, construits eux aussi sur le “cœur” d’une certaine normalité.
On le voit, l’IA de la grande consommation nous emmène loin de la problématique des IA de pointe. Elle apparait différente… mais pas plus simple.
Entre les deux, l’IA professionnelle, celle qui vise à remplacer les emplois.
Celle-ci se rapproche de l’IA d’assistance, mais en s’appuyant sur une normalité qui se voudrait beaucoup plus précisément définie, celle de l’emploi. Or, même dans ce cas:
(*) La plupart des entreprises ayant remplacé en masse leurs salariés au profil de l’intelligence artificielle retournent leur veste et embauchent des employés pour dynamiser de nouveau leur croissance. Ainsi les licenciements liés à l’IA, présentés comme des gains de productivité, apparaissent désormais davantage comme étant des erreurs stratégiques. L’exemple de Ford est celui qui interpelle le plus.

La normalité s’avère décidément très difficile à confiner dans un canevas très rigoureux.

L’IA de pointe s’évalue à partir de ses possibles scientifiques ou militaires. On attend d’elle qu’elle génère de “l’anormal” au sens de l’humain. On ne lui demande que de se dépasser elle-même. Elle n’a pas à subir la sanction concrète du quotidien comme l’IA d’assistance.

l’idéologie de l’IA

La capacité d’autodépassement mène aux vertiges de l’extrapolation. Intervenir dans le quotidien banalise le concept et évoque l’omniprésence. Fusionner les deux sous un même terme suggère… “tous les possibles”… “dans tous les domaines”.
Cette pression de l’idéologie amène au paradoxe d’une IA que l’on recherche comme gage de modernité, mais que l’on fuit pour son manque d’authenticité. Certains donneurs d’ouvrage imposent ainsi le recours à l’IA, tandis que de nombreux chatbots ont été créés pour la détecter (*):
Distinguer un texte humain d’un texte produit par un modèle (ChatGPT, Claude, Gemini…) est devenu un enjeu de confiance, de qualité éditoriale et de conformité (plagiat, RGPD, IA Act).
Ainsi:
(*) LinkedIn encourage l’IA puis la pénalise. La plateforme propose elle-même un bouton d’aide à la rédaction. Autrefois, intitulé “Écrire avec l’IA”, il a été renommé plus discrètement en “Améliorer la publication”. En parallèle, LinkedIn a annoncé vouloir détecter et rétrograder les posts générés par IA jugés trop génériques.

la question de l’assistance

L’histoire de la consommation peut s’écrire en parallèle de l’histoire de la paresse. Longtemps affectée à nos actions, elle tend aujourd’hui à s’appliquer à nos pensées.

Si les procédés d’assistance se généralisent et se diversifient, que va-t-il advenir de nos propres capacités?
Ce que l’IA peut faire pour nous, nous n’aurons plus à le faire… et rapidement nous ne serons probablement plus capables de le faire. Un précédent billet évoquait ce que promettait l’érosion de nos capacités intellectuelles.
Une intelligence qui s’affaiblit est de moins en moins apte à accéder à la complexité. Elle tend à se rabattre sur le simple, qui lui-même la sollicite de moins en moins, renforçant par là son affaiblissement … à l’image de l’activité physique où “moins on en fait, moins on est porté à en faire”… parce que c’est de plus en plus difficile.

L’assistance est supposée faire “gagner du temps” à l’assisté, temps gagné dont le plus grand nombre n’a plus l’usage depuis bien longtemps. D’où une redoutable rétroaction. Être assistés au niveau de nos pensées ne produit plus que du “temps de cerveau disponible” … pour la propagande et la publicité, qui se présentent elles aussi comme des assistances aux pensées. La technologie ne fait que consolider des mécanismes en pleine croissance par ailleurs: médias, consultants, influenceurs, tout le monde nous “aide à penser”… avec ou sans IA.

L’environnement de l’assistance est valorisant pour l’assistant et douillet pour l’assisté. Tout incite à le pérenniser… même pour une efficacité très approximative. Il se pourrait alors que nous soyons progressivement conditionnés à être de plus en plus demandeurs d’une assistance… de mauvaise qualité.


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