écriture inclusive: à quelles tendances faut-il l’associer?

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Inclusives, inclusifs. Cher.ère.s ami.e.s citoyen.ne.s français.e.s indigné.e.s par le joug masculin depuis les chasseur-sseresse.s-cueilleur.se.s antédiluvien.ne.s.

«Le rouge, couleur de la révolution, ne peut signifier l’arrêt». La signalisation routière aurait pu être bouleversée si ce slogan avait été entendu, en son temps, en dehors de quelques cercles d’étudiants prochinois. Pourtant, à certains points de vue, ils avaient autant raison que les tenants de l’écriture inclusive. La confrontation entre le symbolique et le fonctionnel a construit l’histoire des conventions sociales. Pourquoi le symbolique prend-il aujourd’hui une importance telle qu’il puisse sembler légitime, y compris à des esprits brillants, de précipiter le fonctionnel dans l’absurde? Avant d’aborder cette question de fond, revenons rapidement sur cet essor actuel de l’écriture inclusive.

l’écriture inclusive: pourquoi?


L’emploi privilégié du masculin peut se justifier comme une convention – comme rouler à droite – sans que l’on considère qu’il “l’emporte” sur qui que ce soit. En outre, le simple bon sens permet de distinguer, en situation, “l’homme” vu comme une espèce de “l’homme” vu comme un genre, à l’instar du “singe”, de “l’ours”… de “la” baleine, de “la” girafe ou de “la” tortue. Pourquoi donc cette remise en cause et surtout pourquoi maintenant?
  • Est-il bien opportun d’allonger et compliquer inutilement l’écriture au moment où l’on a toutes les peines du monde à faire reculer chez les jeunes l’écriture phonétique des SMS et la dictature du message court?
  • Faut-il compliquer le travail des logiciels de traduction au moment ou les progrès réalisés sont en voie de permettre les échanges indépendamment des langages?
  • Est-ce ce dont ont besoin ceux qui, par leurs origines, peinent déjà à lire et comprendre le français?
  • Est-il justifiable, au moment où la prise en compte des handicapés dans le bâtiment est parfois poussée jusqu’à l’irrationnel, d’inventer une écriture à laquelle les aveugles et les mal voyants n’ont plus accès par leurs logiciels de lecture automatique?
Les usages actuels renforceraient l’idée d’une primauté de l’homme sur la femme? Les égalitaristes d’aujourd’hui n’ont-ils pas été éduqués avec cette écriture-là? Cela les a-t-il empêchés de devenir ce qu’ils sont? “Les autres” seraient-ils donc supposés plus influençables, pour ne pas dire plus stupides?
En confidence, ceux qui en prônent l’usage tapent-ils effectivement ce charabia sur leurs smartphones?
Globalement, est-il pertinent de prôner l’usage d’un écrit qui ne corresponde pas à ses équivalents “parlé” et “pensé”?
L’écriture inclusive est un langage d’urbains de la classe moyenne intra-muros, affectant des idées de gauche, qui leur permet de se reconnaître entre eux, tout en édifiant un mur linguistique… au niveau du boulevard périphérique. Une élite autoproclamée qui s’emploie, par son langage, à rompre ses dernières attaches avec le monde ouvrier: est-ce de cela dont la gauche actuelle a le plus besoin?

de quoi est-ce le signe?


L’écriture inclusive reprend une tendance déjà mise à jour dans d’autres domaines: les progrès du communautarisme. Derrière ce rideau de fumée que présente ce mot “d’inclusive”, agit un principe profondément discriminatoire. Une majorité de gens ne l’utiliseront pas… et c’est de le savoir qui en fait le charme pour ceux qui l’utilisent.

le féminisme

Le premier constat pousserait à l’optimisme: si l’égalitarisme en est là, c’est que l’essentiel du problème est réglé ou en voie de l’être. Les grands principes étant cependant bien intégrés, on peut croire que les “femmes d’en bas” vont continuer à militer pour les plans de carrière des “femmes d’en haut”. Le féminisme c’est aussi beaucoup çà. L’unité de compte pour la mesure de l’inégalité est l’énarque, la présidente, la ministre, la parlementaire…

la gauche & l’écologie

L’association politique actuelle entre la gauche et l’écologie, illustrée par le propos féministe, peut être comprise comme une tentative pour que deux boites en train de se vider… se remplissent mutuellement:
  • l’écologie dont les objectifs les plus essentiels se révèlent chaque jour plus inaccessibles
  • la gauche qui a délaissé le terrain économique alors qu’elle lui devait son identité… et qui peine, à l’évidence, à en trouver une autre (on l’a déjà constaté dans un précédent sujet)
L’empressement que mettent les GAFAM (ici ou ) à adhérer à l’écriture inclusive devrait pourtant mettre la puce à l’oreille des moins convaincus. Cela devrait compliquer la vie de ces sociétés, pourtant, à l’évidence… elles aiment. Elles aiment ce label de social-modernité obtenu à bon compte, très stimulant du point de vue de leur communication tant interne qu’externe… et très inoffensif politiquement.

complexité & complication

La notion de “symbolique” a le pouvoir de conférer une aura à ce qui pourrait plus prosaïquement s’appeler “l’emballage”. C’est l’image que l’on met en concurrence avec le contenu. En outre, celle-ci se prête mieux à la démagogie, à l’autojustification… à l’autosuffisance. Valoriser le symbolique revient à démissionner face à la complexité, car il ne faut pas s’y tromper, l’égalité est une problématique complexe. Il suffit d’observer une cour d’école où cohabitent le grand et le petit, le bon élève et le mauvais, le bien et le mal habillé, le bon en foot et le bon en basket, la grande gueule et le discret, le brise-fer et le timoré, le populaire et le marginal, le français de souche et l’étranger…etc… Ramener tout cela à une “image orthographique”… c’est tout de même plus simple.
Mais démissionner face à la complexité sans paraitre considérer un problème comme facile amène à augmenter la complication (voir ici). L’essor (faut-il dire la mode?) de l’écriture inclusive offre un exemple spectaculaire de la mise en oeuvre de ce mécanisme.

en guise de conclusion provisoire


Dans tous les domaines, la complexité tend à être rejetée, le plus souvent au profit de l’image. Un vide de contenu se creuse dans les problématiques les plus essentielles. Un inquiétant compagnon de route pour le futur.


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